Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™

14 juin - 15 juillet

Coupe du Monde de la FIFA™

Isaksson : "J’ai eu une belle carrière et ce n’est pas fini"

© Getty Images

Quand on est titulaire depuis plus de dix ans en sélection, qu’on a disputé deux Coupes du Monde de la FIFA™, trois UEFA EUROS, et qu’on a connu les championnats de France, d’Angleterre, d’Italie et des Pays-Bas notamment, on peut estimer qu’on réussit une belle carrière. Pourtant le gardien de but suédois Andreas Isaksson peut paraitre malchanceux :  deux ans à la Juventus sans disputer le moindre match, deux autres à Manchester City avant le début de sa période dorée, quatre au PSV Eindhoven sans devenir champion, et cinq tournois internationaux sans dépasser les quarts de finale avec la sélection.

"Je pense que j’ai eu une belle carrière jusqu’à présent, et ce n’est pas encore fini !", assure pourtant à FIFA.com le dernier rempart de Kasımpaşa, en Turquie. "Naturellement, il faut un peu de chance à certains moments. Mais je ne me demande pas si ma carrière aurait été meilleure sans les coups durs. Je suis très heureux avec ce que j’ai eu."

Et ce n’est effectivement pas encore terminé ! Les Blagult sont entre deux matches de barrage face au Danemark (victoire 2:1 à l'aller en Suède) pour tenter de décrocher l’un des derniers billets pour l’UEFA EURO 2016. Ce serait l’occasion pour Isaksson de rajouter encore un bon souvenir à un long parcours qu’il évoque au cours de cet entretien.

*Andreas, on dit souvent que les gardiens de but atteignent leur maturité après 30 ans. Cela s’applique-t-il à vous ?
*
Je le crois. J’ai 34 ans maintenant, et la dernière saison a été très bonne. Je me sens de mieux en mieux à chaque match, donc ce n’est pas un cliché. C’est l’âge idéal pour un gardien de but, je ne suis pas loin de mon meilleur niveau. Je ne sais pas si c’est le cas pour tous les gardiens, je ne peux parler que pour moi, mais je me sens dans une très bonne forme.  

*La preuve, votre club de Kasımpaşa possède actuellement la meilleure défense du championnat de Turquie (à égalité avec Fenerbahçe (neuf buts en 11 matches).
*
Bien sûr, une partie du mérite en revient au gardien de but, mais le meilleur gardien du monde ne peut rien faire si l’équipe devant lui ne défend pas bien. Toute l’équipe se comporte très bien défensivement, et c’est la meilleure situation pour un gardien de but. Je suis très heureux que nous ayons concédé si peu de buts jusqu’à maintenant.

*En dehors de la Turquie, on ne parle souvent que des trois grands clubs stambouliotes. Comment décririez-vous Kasımpaşa à un public qui n’est pas familier avec le football turc ?
*
Kasımpaşa, c’est une jeune équipe. Le club lui-même est très ancien, mais tout l’environnement est quasiment neuf. Il y a des nouvelles installations, un stade moderne. Le club a une grande ambition de jouer un rôle important dans le football turc, nous avons une bonne équipe pour y parvenir. Tout est réuni. Le football turc s’améliore de plus en plus, et ne se résume pas seulement aux trois grands clubs. Il y a d’autres bonnes équipes, et de grands joueurs qui rejoignent le championnat turc chaque année, et pas seulement à Fenerbahçe, Galatasaray et Beşiktaş, comme Samuel Eto’o à Antalya. Le niveau s’est beaucoup amélioré dans les équipes plus modestes ces dernières années, dont Kasımpaşa.

*A 34 ans, on peut déjà avoir un regard sur sa carrière. Auriez-vous dû faire d’autres choix ? Par exemple, vous avez rejoint la Juventus en 1999 au même moment qu’Edwin van der Sar et, du coup, vous y avez passé deux ans sans jouer le moindre match. Si c’était à refaire, signeriez-vous à Turin ?
*
Je referais la même chose, je n’ai aucun regret. C’était une grande expérience, je venais d’un petit club de Suède, et j’arrivais dans une grande équipe européenne. A cette époque, la Juventus était l’un des plus grands clubs au monde. Il y avait une énorme différence entre ce que j’avais vécu avant et le niveau de la Juve, mais j’y ai appris beaucoup. Certes, c’était une période difficile sur le plan personnel parce que j’étais seul, à 18 ans, loin de mes parents, dans un nouveau pays. Mais ça m’a beaucoup aidé à me développer, aussi bien en tant que joueur qu’en tant que personne. C’était quelque chose d’exceptionnel de s’entraîner face à Alessandro Del Piero, Zinedine Zidane ou David Trezeguet. Quel meilleur moyen de progresser que de s’entraîner chaque jour face à des joueurs de classe mondiale ?

*Autre expérience difficile, vous avez évolué à Manchester City de 2006 à 2008, juste avant que le club ne connaisse sa période dorée, où vous étiez en compétition avec Joe Hart. Que retenez-vous de ce séjour en Angleterre ?
*
J’ai eu ma chance, mais j’ai connu aussi des blessures au mauvais moment, juste avant le début de la saison les deux ans où j’y ai joué. J’ai perdu le rythme et dans le même temps, Joe Hart jouait très bien, donc il n’y avait rien d’illogique. C’était de la malchance, mais il n’y avait rien d’injuste. C’est simplement le football qui veut cela parfois. La décision de Sven Goran Eriksson de choisir Hart comme titulaire était totalement justifiée. Il a été honnête et j’ai accepté sa décision. J’ai eu quelques matches pour jouer et montrer ma valeur, ça n’a pas suffi. Je ne blâme personne, Hart est un très bon gardien et jouait très bien à cette période. C’était une dure concurrence entre nous, mais il n’y a rien à regretter, cela aussi fait partie d’une carrière.

*Symbole de cette période difficile, pour votre dernier match en Angleterre, vous avez encaissé huit buts contre Middlesbrough (1:8). Avez-vous imaginé que votre carrière au plus haut niveau était menacée ?
*
Oh oui, je m’en souviens ! Mais je n’ai jamais pensé que j’avais touché le fond. Je n’avais pas joué depuis plusieurs mois, et c’était le dernier match de la saison. Je pense que la motivation de l’équipe était vraiment très basse… Nous avons concédé un penalty après quelques minutes, et après, ça s’est enchaîné. Ça n’arrive pas à tous les gardiens de connaitre un cauchemar comme celui-là. J’espère que c’était la première et la dernière fois ! Pour ma défense, si vous revoyez le match, je ne suis pas le plus mauvais ce jour-là, au contraire. Je ne dirais pas que j’ai fait un grand match, mais je n’ai pas été pire que certains autres ! (rires)

*Malgré tout, vous avez toujours conservé votre statut de titulaire dans les buts de la Suède. N’avez-vous jamais craint de perdre votre place ?
*
J’ai toujours donné le meilleur de moi-même et les sélectionneurs ont cru en moi, malgré mes problèmes en club. C’était important d’avoir ce soutien en équipe nationale, notamment de Lars Lagerbäck qui a été un entraineur important dans ma carrière. Je lui suis très reconnaissant de m’avoir toujours donné la possibilité de jouer en équipe nationale, même quand les choses n’allaient pas en club.

*Ronnie Hellström a gardé les buts de la Suède pendant plus de dix ans, puis Thomas Ravelli a pris le relais pendant 16 ans. A votre tour, vous êtes international depuis 2002. Comment expliquer cette longévité des gardiens suédois ?
*
La gestion d’un gardien de but est particulière. Je ne pense pas que ce soit un poste où il faut changer trop souvent. Si ce n’est pas indispensable de le remplacer, alors il ne faut pas le faire. La confiance est très importante pour ce poste. Bien sûr, il y a toujours des moments où le gardien peut faire des erreurs et se trouve dans une moins bonne période. Mais il faut peut-être être plus constant avec les gardiens qu’avec les autres postes et ne pas changer constamment à la moindre mauvaise performance. Tout le monde peut faire un mauvais match, mais il faut plus de continuité au poste de gardien. C’est important pour le reste de l’équipe. Cela, les sélectionneurs de la Suède l’ont toujours compris.

*Quel conseil donneriez-vous au jeune Andreas Isaksson juste avant son premier match international contre la Suisse en 2002 ?
*
Je lui dirais sans doute de donner le meilleur de lui-même, d’être aussi détendu que possible, même si c’est difficile avec la pression d’un premier match international. Je me rappelle que j’étais assez nerveux, parce que c’est un moment important dans une carrière de prendre un bon départ en sélection. Mes débuts n’ont pas été trop mauvais. J’ai joué 45 minutes, la seconde mi-temps, et c’était une formidable expérience. J’ai apprécié, et c’est ce qu’il faut faire dans ces cas-là : en profiter, même si on est nerveux. Bien sûr, je ne pouvais pas imaginer être encore là 13 ans après. Ça a été un parcours formidable, je suis très fier d’être en sélection depuis si longtemps. Il n’y a pas tant de joueurs qui y parviennent, c’est un honneur.

*Lors de l’UEFA EURO 2004, votre premier tournoi en tant que titulaire, la Suède s’est inclinée aux tirs au but contre les Pays-Bas en quart de finale. Plus de dix ans après, avez-vous l’impression que ça aurait pu être l’année de la Suède, dans un tournoi remporté par la Grèce à la surprise générale ?
*
Nous avions une superbe équipe et nous avons disputé un très bon tournoi jusqu’à ce quart de finale. Je pense que nous méritions de battre les Pays-Bas, mais le match est allé aux penalties et ça s’est arrêté comme ça. C’était une très bonne équipe, avec Henrik Larsson, Olof Mellberg, Fredrik Ljungberg, Kim Källström, probablement la meilleure équipe de Suède dans laquelle j’ai jouée depuis mes débuts. Et tout le monde avait eu une très bonne saison.  Nous avions tout pour que ce soit notre année. C’est vraiment dommage, nous n’avions pas la chance de notre côté. Il en faut pour aller loin dans un tournoi. Cette génération aurait mérité de gagner quelque chose.

La Suède a manqué les deux dernières Coupes du Monde. Se qualifier pour Russie 2018 serait-il la fin de carrière idéale ?*
Dans les qualifications pour le Brésil, nous avions l’Allemagne dans notre groupe, et ils sont devenus champions du monde ensuite. Ils ont logiquement gagné le groupe, donc on a dû aller en barrages contre le Portugal. C’étaient des matches très difficiles et finalement, ils étaient juste un petit peu meilleurs que nous. Les qualifications précédentes, le Danemark avait fini premier, le Portugal deuxième, mais nous n’avions pas bien joué.  Ce ne fut pas une bonne campagne. Et 2018, c’est loin… Pour l’instant, je regarde vers l’Euro 2016, j’espère que nous pourrons nous qualifier. *
Ça pourrait être mon dernier tournoi avec la sélection, donc j’ai vraiment envie d’y participer.

Pour conclure, en cette période de vote pour le FIFA Ballon d’Or, comment un gardien de but juge-t-il la nomination de Manuel Neuer l’an dernier et l’éternel duel entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ?
*C’est difficile de comparer des attaquants comme Messi, Ronaldo avec des gardiens comme Neuer. Bien sûr, Neuer avait fait une année exceptionnelle l’an dernier et je pense qu’il était près de gagner. Mais au final,
*la plupart des gens veulent voir des attaquants gagner les récompenses. Seul Lev Yashin a gagné le Ballon d’Or en tant que gardien, ce n’est pas un hasard. Même si vous êtes le meilleur gardien de but de tous les temps, ça restera difficile de gagner ce trophée. C’est comme si nous faisions un sport différent.

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