Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™

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21 novembre - 18 décembre

Qatar 2022 - Oman

Ivankovic, de grands souvenirs et un immense défi

Branko Ivankovic
© imago images
  • Branko Ivankovic a été nommé sélectionneur d’Oman cette année
  • Il espère faire profiter ses joueurs de son expérience
  • Il évoque ses souvenirs et les bons résultats de la Croatie en Coupe du Monde

Le Croate Branko Ivankovic a dirigé plusieurs clubs en RI Iran, en RP Chine et en Arabie Saoudite avant de prendre les commandes de l’équipe d’Oman, en début d’année. Il espère désormais mener ses joueurs vers une qualification historique pour la Coupe du Monde de la FIFA™.

Habitué au succès en tant qu’assistant de Miroslav Blazevic, il a aidé la Croatie à monter sur la troisième marche du podium de France 1998. Par la suite, il a remporté de nombreux trophées en Croatie, en RP Chine et en RI Iran. Il a également supervisé la qualification de la Team Melli pour Allemagne 2006.

FIFA.com a rencontré celui que l’on surnomme le Professeur pour évoquer les différences entre clubs et équipes nationales, son nouveau défi à Oman, son expérience avec la RI Iran en Allemagne et les superbes performances de la Croatie en France et en Russie.

M. Ivankovic, après avoir dirigé de nombreux clubs, vous êtes devenu sélectionneur d’Oman en début d’année. Qu'est-ce qui a motivé ce choix ?

J’avais envie de faire une pause après mes passages en Iran et en Arabie Saoudite. C’est à ce moment-là que les dirigeants omanais m’ont contacté pour me parler de leur projet et me demander si je serais prêt à m’impliquer. C’est un défi d'un nouveau genre pour moi. Mon objectif est de laisser une trace ici et de contribuer au développement du football, qui manque généralement de professionnalisme au Moyen-Orient. Les joueurs doivent travailler plus sérieusement et accumuler de l’expérience. C’est un énorme défi.

Vous êtes en poste depuis neuf mois, mais vous n’avez pas encore eu l’occasion de disputer le moindre match. Comment vivez-vous cette situation ?

Malheureusement, le football a dû s’interrompre partout dans le monde. Oman ne fait pas exception à la règle. Nos internationaux n’ont plus joué depuis cinq mois et, surtout, ils n’ont pas pu s’entraîner. À titre personnel, l’absence de matches m’a laissé sur ma faim. Heureusement, nous allons pouvoir effectuer un premier rassemblement en octobre et en novembre. Nous pourrons ainsi voir où en sont nos joueurs, après plusieurs mois d'inactivité. Notre prochain match compétitif est prévu pour le mois de mars, mais nous devons débuter nos préparations très en amont. Il faut notamment que les joueurs reprennent le championnat, afin de retrouver leur niveau après cette longue pause forcée.

Branko Ivankovic as Iran coach in 2006
© imago images

C’est seulement la deuxième fois que vous travaillez avec une équipe nationale. Préférez-vous le fonctionnement des clubs ?

J’ai de la chance car, dès le début de ma carrière, j’ai pu travailler simultanément en club et au sein de l’encadrement technique de l’équipe de Croatie. Cette expérience m’a beaucoup appris. J’applique des méthodes différentes selon que je m’occupe d'un club ou d’une équipe nationale. Le métier d’entraîneur et celui de sélectionneur sont très différents. En club, on côtoie les joueurs au quotidien, tandis qu’en sélection, il faut se contenter de stages ponctuels. Un entraîneur peut observer les joueurs au jour le jour et travailler sur des points de détail. On apprend à découvrir le club et les jeunes du centre de formation. La pression est omniprésente, puisqu’il y a un match tous les trois jours. Ça me convient parfaitement car j’aime le travail au quotidien. Cette continuité permet d’être au contact du groupe une ou deux fois par jour. On apprend ainsi à mieux connaître ses joueurs et on peut suivre leur développement à la loupe. Un sélectionneur national doit au contraire gérer de fortes contraintes temporelles. Il faut prendre des décisions rapides. Certains joueurs ne rejoignent le groupe que quelques jours avant le premier match. Ça peut poser problème, surtout lorsqu’il y a des qualifications importantes au programme. Les grandes compétitions internationales offrent davantage de temps, mais il reste encore à choisir les bons joueurs et, là encore, il faut se décider vite, en prenant en compte le cas des joueurs qui n'ont pas beaucoup de temps de jeu en club ou qui traversent des périodes de méforme. Le plus important pour un entraîneur, qu'il officie en club ou après d'une équipe nationale, c’est d’établir une bonne ambiance au sein du groupe et d’amener ses joueurs à coopérer.

Vous avez mené la RI Iran à la qualification pour Allemagne 2006. Quels souvenirs gardez-vous de ce tournoi ?

À l’époque, nous avions un groupe de qualité, qui s’est facilement qualifié pour la phase finale. Malheureusement, notre préparation a été perturbée par les blessures d’Ali Karimi, Mehdi Mahdavikia, Vahid Hashemian et Ferydoon Zandi. Ils nous ont rejoints quelques jours avant le début de la compétition et ils n’étaient pas prêts. Nous avons livré de bons matches contre le Mexique, le Portugal et l’Angola, mais sans parvenir à franchir le premier tour. Malgré tout, ça reste une belle expérience. Ce que j’avais vécu en 1998 avec la Croatie m’a énormément servi avec l'Iran. Nous avons également fini troisièmes de la Coupe d’Asie 2004, en signant au passage quelques belles performances. Nous avons notamment battu la Corée du Sud, quatrième de la Coupe du Monde deux ans plus tôt. Ensuite, l'Iran a poursuivi son ascension.

En 1998, vous étiez l’adjoint de Miroslav Blazevic et vous avez donc été acteur du parcours de la Croatie. Quel était votre secret ?

Nous avons vécu des choses complètement folles en France. Deux ans plus tôt, à l’EURO, nous avions montré qu'il faudrait compter avec nous. Nous avions battu la Turquie et le Danemark et nous avions livré un excellent match contre l’Allemagne, malgré la défaite (1-2). Nous étions rentrés chez nous gonflés à bloc. Puis nous avons battu l’Ukraine en barrage, avec des joueurs exceptionnels, comme Shevchenko et Rebrov. Nous étions certains d’avoir un coup à jouer en France. De plus, M. Blazevic et son équipe ont su créer une ambiance fantastique. Nous avions aussi un groupe fabuleux, avec des joueurs comme Boban, Suker, Bilic, Prosinecki, Asanovic et Ladic. Nous avions construit une superbe équipe, qui a largement mérité sa troisième place. Quand nous sommes rentrés, il y avait plus d'un million de personnes dans les rues pour nous acclamer. Notre parcours héroïque a surpris nos compatriotes, mais aussi le monde entier.

Pensiez-vous pouvoir aller si loin au moment d’entamer la compétition ?

Pendant toute notre préparation, M. Blazevic et moi-même, nous étions convaincus que le succès était à portée de main. Nous avons donc essayé de convaincre nos joueurs et tout notre entourage du bien-fondé de nos ambitions. Nous voulions marquer les esprits. Nos joueurs jouaient dans des grands clubs et ils collectionnaient les titres. Ils connaissaient le football international et l’ambiance au sein du groupe était incroyable. Nous étions unis.

L’exploit que vous avez réalisé en France a depuis été surpassé par la génération qui a atteint la finale de Russie 2018. Que pensez-vous de cette génération ?

Les joueurs de notre équipe ont été surnommés les Vatreni ("Ardents"). Vingt ans plus tard, la Croatie a produit une autre génération exceptionnelle, qui a obtenu des résultats extraordinaires en Russie. Nous avions des joueurs au Real Madrid, à Barcelone et à la Juventus, ainsi que d’autres qui évoluaient dans les plus grands clubs du monde. Tout ce dont nous avions besoin, c’était d’un état d’esprit propice aux grands exploits. Dalic est un excellent entraîneur, qui a réussi à trouver le ton juste. Ce groupe s’est convaincu qu’il avait les moyens de bousculer l’ordre établi du football mondial et c’est exactement ce qu'il a fait. Certaines personnes ne comprendront peut-être pas, mais nous avons cru en nous car nous savions que nous avions des joueurs exceptionnels.

Cette génération est-elle la meilleure de l’histoire du football croate ?

Il n’est jamais simple de comparer deux époques. Chaque génération a ses caractéristiques mais, au niveau des résultats, il faut garder en tête qu’en 1994, la Croatie a bâti une équipe en partant de rien. À l’époque, personne ne connaissait la Croatie. On n’attendait pas grand-chose de nous. Nous avons dû batailler dur pour nous faire une place dans la hiérarchie mondiale. Mais je crois que les gens ont commencé à nous respecter en voyant ce dont nous étions capables à l’EURO et en Coupe du Monde, après les épreuves que nous avions traversées. Vingt ans plus tard, la Croatie a atteint la finale de la Coupe du Monde. Ça prouve que la génération actuelle a quelque chose de particulier. Je ne suis pas en mesure de la comparer à celle qui a fini troisième en 1998 mais au fond, peu importe : les deux sont formidables et elles nous ont fait rêver !

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