Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

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12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Le Roy : "Beaucoup de talent en Afrique"

Claude Le Roy
© AFP

L'Afrique n'est plus au Brésil. Après l'élimination du Cameroun, du Ghana et de la Côte d'Ivoire en phase de groupes, le Nigeria et l'Algérie sont tombés en huitième de finale. Claude Le Roy a fait une grande partie de sa carrière d'entraîneur en Afrique, où il a notamment été sélectionneur du Ghana et du Cameroun, avec qui il a remporté la Coupe d'Afrique des Nations de la CAN 1988.

Pour FIFA.com, le technicien revient sur le parcours des équipes du Continent Mère à la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014.

Quel bilan tirez-vous de la compétition, après l'élimination des deux dernières équipes africaines ?Statistiquement, c'est la première fois qu'il y a deux équipes en huitièmes de finale, sur cinq engagées. Après, il y a tout de même des déceptions. La Côte d'Ivoire a été à une minute de la qualification, et le Ghana, à un but près, ils passaient. Il s'en est fallu de peu pour que quatre équipes se qualifient en huitièmes. La seule équipe qui n'a pas espéré quoi que ce soit, c'est le Cameroun. C'est une grande déception pour moi, car je pense qu'ils avaient un très bel effectif.

Le fait d'être dans un groupe très difficile, avec le Brésil, le Mexique, la Croatie explique-t-il cette déception ?Oui, mais il y a eu beaucoup de péripéties avant le tournoi. Ça use beaucoup d'énergie et ça nuit à la concentration. Du coup, ils se sont concentrés sur des choses qui n'ont rien à voir avec le football. Le foot à haut niveau, en Coupe du Monde, ça se joue sur des détails. Il faut que tout soit parfaitement structuré et cohérent, ça n'a pas été le cas pour le Cameroun.

Quelles équipes africaines ont été les plus structurées selon vous ?Je trouve que l'Algérie a bien géré. Contre l'Allemagne, ils ont décidé de défendre en avançant et de ne pas subir. Ça a été remarquablement bien fait. L'Allemagne a été légèrement supérieure, mais ça s'est joué à peu de choses et ça aurait pu basculer en faveur des Algériens. Le Nigeria a fait une Coupe du Monde solide, à l'image de ce qu'ils font d'habitude, avec une grosse qualité individuelle et beaucoup de puissance.

Avez-vous suivi avec une attention particulière les équipes que vous avez entraînées dans le passé ?Oui bien sur, le Ghana, le Cameroun… Mais également la Côte d'Ivoire, parce que j'avais envie de les voir enfin passer le premier tour. Concernant le Ghana, Kwesi Appiah, qui a été mon entraîneur adjoint, est un bon entraîneur et un homme de qualité. Il n'est pas dans un registre de l'affrontement et hélas je pense qu'avec certains joueurs, il faut quelques fois muscler son discours. Ça n'est pas une critique, parce que c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup, mais vu son profil, il y a des joueurs qu'il n'aurait peut-être pas dû prendre dans cette aventure. 

C'est un continent qui perd son efficacité pour des problèmes annexes qui n'ont rien à voir avec le foot.

Parlons justement des joueurs. Certains vous ont particulièrement plu ?Il y a eu la confirmation de la qualité d'Ahmed Musa, l'attaquant nigerian, qui a beaucoup de talent. Emmanuel Emenike aussi, dans son registre. C'est un attaquant extérieur qui a joué plus axial dans le match contre la France. Il joue sur sa puissance et se sert des contacts pour avancer. C'est un joueur très atypique. Chez les Ivoiriens, il y a quand même le talent Gervinho qui a éclaté sur chaque action. A chaque fois qu'il avait le ballon, on avait l'impression que quelque chose allait se passer. Avec le Cameroun, ça a été une accumulation de déceptions. Quant au Ghana, tous leurs problèmes internes ont déteint sur leur attitude collective. D'habitude, c'est une équipe très forte collectivement et solidaire. Là on sentait que la magie habituelle n'était pas là. Il y avait une ambiance incroyable, j'ai pris un plaisir fou à entraîner cette équipe. Et là, on a senti que tout se délitait au fur et à mesure et que cette équipe avait perdu son âme. 

Quelles sont vos espoirs pour l'avenir du football africain ?J'espère que tout le monde va se rendre compte de ce qui ne va pas, et que les pays africains se rendent compte qu'il faut se préparer très sérieusement. En amont, il faut qu'il n'y ait aucun problème de voyages, de primes… Tout ça, ce sont des choses accessoires. Le foot, c'est seulement s'occuper de problème tactiques, techniques. Il faut avoir des joueurs avec une excellente préparation physique, athlétique… Le travail des entraîneurs, ce n'est pas de commencer à régler des problèmes d'intendance qui font perdre beaucoup de temps et d'efficacité. On a entendu parler d'une accumulation de problèmes réels ou supposés avec beaucoup d'équipes. C'est insupportable. En tous cas, moi ça m'est insupportable et ça me rend triste. 

Avez-vous un sentiment de gâchis ?Il y a beaucoup de talent en Afrique, comme on l'a vu avec les performances du Nigeria contre la France, ou de l'Algérie face à l'Allemagne. Et même la qualité des footballeurs ghanéens ou ivoiriens. C'est un continent qui perd son efficacité pour des problèmes annexes qui n'ont rien à voir avec le foot. Il faut répondre en amont des compétitions aux problèmes qui se posent en équipe nationale. Le problème de fond est là. Moi j'ai eu la chance, à part une fois, que tout soit toujours réglé et de ne jamais avoir à être confronté à ça en direct. On voit que les meilleures équipes sont celles qui ont les meilleures organisations. 

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