Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™

14 juin - 15 juillet

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Les malédictions du ballon rond

© Getty Images

Si le football est empreint de magie, il l’est même parfois de mysticisme. Il n’est pas rare en effet que des joueurs soient élevés au rang de légende ou de dieu. Certains stades sont considérés comme des temples. Des victoires tiennent à des miracles quand des défaites résultent de coups du sort. Il arrive aussi qu’une série d’insuccès soit frappée du sceau de la "malédiction"…

Rarement ce mot n’avait d’ailleurs été autant utilisé sur la planète football que ces derniers jours. Sacrée à la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014, l’Allemagne a été éliminée en phase de Groupe de Russie 2018 : cela fait 56 ans que le champion du monde en titre n’est pas parvenu à défendre son bien. Alors que le Mexique a, lui, échoué au stade des huitièmes de finale de la Coupe du Monde pour la septième fois d'affilée, l'Angleterre a, quant à elle, brisé un long cycle d'infortune en remportant face à la Colombie la première séance de tirs au but de son histoire dans l'épreuve reine.

Mais c'est à un club que le mot "malédiction" colle davantage. Battu par le FC Séville en finale de l’UEFA Europa League en 2014 (0:0 ; 4 t.a.b. 2) Benfica a ainsi subi sa huitième défaite d’affilée à ce stade de la compétition, en Coupe d’Europe. Mais pour le coup, et pour beaucoup de leurs fans, la malédiction qui pèse sur les Águias n’a rien d’un mythe. Elle porte même un nom : celui de Béla Guttman.

Guttman était l’entraîneur du Benfica aux débuts des années 60. Redoutable technicien, le Hongrois est parvenu à installer le club portugais au sommet de l’Europe. Mais suite à un différend financier, il claque la porte du club et lance : "Je m'en vais en vous maudissant. Vous ne gagnerez aucun titre européen lors des 100 prochaines années". Une grande statue de Béla Guttman avec une "Coupe aux grandes oreilles" dans chaque bras a beau avoir été récemment érigée pour conjurer le sort, la magie magyare opère toujours, au grand dam des supporters lisboètes.

Un échalas, une médium et des gitans
Ces derniers devraient peut-être consulter les fans colombiens de l'América Cali. Selon la légende, en 1948, alors que le passage au professionnalisme avait été entériné, un des socios du club nommé Benjamín Urrea fut scandalisé au point de lancer une malédiction : "Au diable le professionnalisme ! Faites ce que vous voulez de l'América, mais je jure devant Dieu qu'il ne sera jamais champion...". Personne ne le prit au sérieux, bien loin d'imaginer la famine qui allait frapper le palmarès du club. Ainsi, en 1978, un groupe de socios et Urrea lui-même décidèrent d'exorciser le club pour mettre fin à la Maldición del Garabato - la malédiction du grand échalas - en référence au profil dégingandé d'Urrea. Croyez-le ou non, l'América remporta son premier sacre la saison suivante...

C’est suite à un changement de stade que le club anglais de Birmingham City aurait été frappé d’un sortilège. Nous sommes alors en 1906, et le Président Harry Morris décide de quitter le vétuste Muntz Street pour s’installer à St Andrew’s, quitte à y déloger une bande de gitans. Bien mal lui en a pris. La légende raconte en effet qu’une malédiction s’est alors abattue sur le club et ce pendant 100 ans. Mise à part une League Cup acquise en 1963, les Blues ont traîné une réputation de moribonds, faisant le yoyo d’une division à l’autre, sans jamais vraiment briller.

Au fil des années, beaucoup ont essayé d’exorciser le club. Les tentatives les plus célèbres ont été à mettre à l’actif des anciens entraîneurs Ron Saunders et Barry Fry. Le premier, coach de Birmingham de 1982 à 1986, fit accrocher des crucifix sur les pylônes des projecteurs du stade et peignit également les semelles de ses joueurs en rouge. En vain. Dix ans plus tard, Fry entreprit à son tour de vaincre le sort… "Cela faisait trois mois que nous n’avions pas gagné. Nous étions désespérés, donc j’ai pissé aux quatre coins du terrain." Une réussite ? "Nous avons commencé à gagner, et j’ai cru que ça avait marché. Et puis après les dirigeants m’ont viré, donc non, probablement pas." En 2006, la malédiction a pris fin... avec une nouvelle relégation.

Le club de Derby County aurait été frappé par le même genre de malédiction à la fin du 19ème siècle. Là encore, il est question de changement de stade et de romanichels. Invités à quitter le Baseball Ground où devaient évoluer par la suite les Rams, les gitans auraient lancé un sort, de sorte que le club ne gagne plus le moindre trophée. Dans la foulée, le club du Derbyshire perdit trois finales de FA Cup en six saisons… Qualifié pour la finale en 1946, le club envoya son capitaine Jack Nicholson régler l’affaire avec les gitans : Derby remporta la Cup 4:1 face à Charlton.

Une défaite de Charlton a brisé une autre malédiction, celle de Southampton cette fois. En août 2001, l’équipe a déménagé du Dell au St Mary Stadium. Incapables alors de gagner sur leur pelouse, les Saints et leur entraîneur écossais Gordon Strachan ont pris le problème à bras le corps en recourant aux services de Cerridwen "DragonOak" Connelly. Le rituel celtique entrepris par la désormais célèbre archéologue-médium a permis de chasser le mauvais oeil : Southampton s’est imposé (1:0) et Strachan de conclure : "Elle pourrait s’entraîner avec nous les deux prochaines semaines. Je continuerai mon bonhomme de chemin tandis qu’elle chassera les fantômes. Peut-être même que je pourrais la faire jouer en attaque !"

Vaudou et chats noirs
De son côté, l’Australie aurait fait appel à un sorcier vaudou dans l’espoir de se qualifier pour la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1970. Le chaman aurait alors placé une malédiction sur tous les adversaires des Socceroos sur la route de l’épreuve reine. Leur premier adversaire fut la Rhodésie (ex Zimbabwe) au second tour des barrage, les Australiens gagnèrent le match d'appui (1:3). Le sorcier aurait alors réclamé son dû financier, sans finalement qu’il parvienne à être payé. Pour se venger, il aurait renversé la malédiction sur les Australiens. Les effets ne se firent pas attendre : à part Allemagne 74 où ils ne marquèrent pas le moindre but, ils durent attendre 32 ans et que des compatriotes retournent visiter un sorcier vaudou en Afrique pour lever la malédiction et enfin pouvoir faire bonne figure à un Mondial, lors d'Allemagne 2006.

En enterrant sept chats noirs dans le stade du Racing Club, les supporters argentins d'Independiente espéraient eux porter la poisse à leur grand rival. Ils ont pour cela profité du déplacement victorieux du Racing en Uruguay à l'occasion de la finale de la Coupe Intercontinentale 1967 contre le Celtic Glasgow pour commettre leur forfait... avec succès ! Pendant 34 ans, le Racing n’a plus gagné le moindre trophée.

Poisse toujours et enfin : toucher le trophée de la Ligue des champions de l'UEFA avant même de disputer la finale porterait malchance. Trois joueurs - Ludovic Giuly (avant Monaco-Porto - 2004), Gennaro Gattuso (avant AC Milan-Liverpool - 2005), et Anatoliy Timoshchuk (avant Bayern Munich-Chelsea - 2012) se sont risqués à effleurer des doigts le trophée alors qu’ils pénétraient sur la pelouse pour en découdre. A chaque fois, leur équipe a perdu. Alors, hasard ou malédiction ?

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