Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006™

Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006™

9 juin - 9 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2006™

Les Pays-Bas sortis, mais pas groggy

Suite à une élimination qui n'a pas vraiment fait honneur à son talent, la nouvelle génération néerlandaise risque d'être jetée avec l'eau du bain. Pourtant, il serait injuste de décrire le parcours des hommes de Marco van Basten comme un énième épisode de ce que l'on nomme parfois le "talent d'Achille" batave.

Edwin van der Sar et ses coéquipiers sont déçus, et on ne le serait pas moins. Car ils avaient les moyens de battre le Portugal, supériorité numérique ou pas. Mais pour la première fois dans le tournoi, leur inexpérience s'est fait sentir. Plutôt deux fois qu'une. Chaque fois qu'ils ont eu un avantage numérique, ils ont péché par manque de discipline.

Rendez-vous sur la page des Pays-Bas

Autre signe qui ne trompe pas : un sérieux problème de finition dans le dernier tiers du terrain, où toute espèce d'inspiration semblait subitement quitter les milieux et les attaquants. Et même si Dirk Kuyt a relativement bien répondu aux attentes de van Basten, ce dernier doit encore se mordre les doigts d'avoir laissé sur le banc un renard des surfaces comme Ruud van Nistelrooij .

A l'occasion de cette défaite 1-0 en huitièmes de finale, Edwin van der Sar est devenu le joueur néerlandais le plus capé de l'histoire. Après le coup de sifflet final, le gardien de Manchester United ne cachait pas sa frustration. "Cette équipe est capable de faire bien mieux que ça. Je n'avais même pas envisagé une élimination en huitièmes", a-t-il déclaré, l'air sincèrement incrédule. Sentiment exprimé à sa façon par un Robin van Persie en larmes. Autant de réactions qui montrent à quel point la jeune génération de van Basten croit en elle.

Comme toujours après une rencontre où les esprits se sont échauffés, la déception avait un fort relent d'amertume, voire de dégoût. Il est facile dans ce contexte d'oublier que le Portugal n'a pas volé sa victoire, loin de là. Son expérience des grands rendez-vous s'est révélée décisive. "J'ai 35 ans, j'ai disputé des centaines de matches, mais je n'ai jamais vu ça", a commenté un van der Sar légèrement mélodramatique au sujet de la tactique employée par les hommes de Luiz Felipe Scolari. Van Basten, et c'est tout à son honneur, a réagi de façon plus modérée.

"Ils (les Portugais) ont un peu plus d'expérience que nous pour perdre du temps, ou autres choses de ce genre. C'est dommage." Aux Pays-Bas, où la moitié des 16 millions d'habitants ont regardé le match, le climat général était à la tristesse et à la déception. Mais point de colère. Le quotidien De Volkskrant a parlé de "défaite amère", tandis que son concurrent * Algemeen Dagblad* évoquait une "triste débâcle". Mais c'est sans doute le Telegraaf qui a le mieux résumé la performance de l'équipe nationale : "Rien à dire au niveau de la combativité, mais la finition est à revoir".

En avance sur le programme

Peu de temps avant le début du tournoi, dans un entretien accordé à FIFAworldcup.com, van Basten n'avait pas cherché à déguiser les points faibles d'une équipe jeune, dont les joueurs évoluent encore pour la plupart aux Pays-Bas. "Il nous faudra 100 % de réussite pour arriver à concurrencer les grands favoris de cette Coupe du Monde."

Au bout du compte, les choses ont tourné au vinaigre, si bien que la belle série de 15 matches sans défaite en deux ans, en match de compétition, a brutalement pris fin face au Portugal.

Toutefois, van Basten est moins abattu que la plupart des sélectionneurs rentrés chez eux. A 41 ans, l'avenir lui appartient. Lors de sa prise de fonctions, il avait clairement annoncé que son projet était de construire une équipe jeune, qui arriverait à maturité pour l'UEFA EURO 2008, plutôt qu'Allemagne 2006. Après avoir vu ses poulains s'extirper d'un groupe qui comprenait également l'Argentine, la Côte d'Ivoire et la Serbie et Monténégro, l'ancien Milanais peut légitimement considérer qu'il est en avance sur son programme.

Parmi les nombreux aspects positifs à retirer du comportement de ses ouailles outre-Rhin, le sélectionneur néerlandais retiendra une solidité défensive nouvellement acquise, ainsi que de sérieux arguments en attaque. Le premier d'entre eux est incontestablement Arjen Robben, capable à lui seul d'emporter la décision. Selon son entraîneur, l'ailier de Chelsea "a tout pour être un jour le meilleur joueur du monde".

Dans le secteur offensif, Robben est parfaitement épaulé par les Robin Van Persie, Wesley Sneijder et autres John Heitinga, tous à l'orée de leur carrière professionnelle. Ce qui fait que sur les 23 sélectionnés pour l'Allemagne, seul Phillip Cocu et peut-être van Der Sar sont susceptibles de prendre leur retraite internationale à l'issue du tournoi.

Les progrès de sa formation suffisent à donner confiance à van Basten. Lors de la phase de préparation à Allemagne 2006, il avait confié : "Nous nous améliorons de semaine en semaine, c'est le plus important. Jusqu'où nous pouvons aller ? Je n'en sais rien".

Ce qui est certain, c'est que "San Marco" n'est pas moins ambitieux en tant qu'entraîneur qu'il ne l'était balle au pied. La confirmation ne vient pas de lui, mais d'Heitinga, qui plus tôt dans la compétition déclarait à FIFAworldcup.com : "Le coach sait ce qu'il veut. Il a un plan, une vision, et un objectif très clair quant à notre façon de jouer. Pour l'instant, nous ne l'avons pas atteint". Le point le plus positif pour les Oranje à l'issue de cette Coupe du Monde de la FIFA 2006, c'est qu'ils en ressortent unis, avec un esprit d'équipe plus fort que jamais.

D'aucuns rétorqueront que van Nistelrooij ne l'entend peut-être pas de cette oreille. Non titularisé face au Portugal, avec les conséquences que l'on sait, l'avant-centre mancunien doit en vouloir à van Basten… C'est mal connaître "Van the Man", qui a été le premier à étouffer la rumeur.

"J'ai eu une discussion animée avec lui. Nous avons parlé d'homme à homme, et ça m'a fait du bien. Cela n'enlève rien à mon désaccord avec lui sur certains points, mais je respecte sa décision et je l'ai acceptée."

Si van Basten peut se passer de son buteur vedette et assister à la déroute de son équipe, tout en préservant l'harmonie au sein du camp batave, alors il est temps d'en tirer une première conclusion : dans quatre ans en Afrique du Sud, les Pays-Bas seront de sérieux candidats au titre mondial.