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21 novembre - 18 décembre

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Mabil, une odyssée exemplaire

© Getty Images
  • Ancien réfugié soudanais, Awer Mabil a récemment étrenné le maillot australien
  • Il revient régulièrement dans le camp de réfugiés, auquel il fournit des équipements de football**
  • "Le football m'a donné la vie", assure-t-il à FIFA.com

Il y a treize ans, Awer Mabil vivait au jour le jour. Comme la plupart des réfugiés, il faisait face à un avenir sombre et incertain. À neuf ans, il avait passé toute son enfance à Kakuma, un camp de réfugiés tentaculaire situé au nord-ouest du Kenya. C'est là que sa famille s'était abritée avant sa naissance, après avoir fui un Soudan déchiré par la guerre.

Mais Awer avait trouvé une source d'évasion dans le football. Tous les jours, les enfants improvisaient des matches pieds nus sur des sols rugueux de terre rouge. Rien d'autre n'importait.

Aux antipodes, au sens tant géographique que figuré, son futur pays d'adoption renouait avec la Coupe du Monde de la FIFA après 32 ans d'absence. Le penalty victorieux de John Aloisi a transformé le visage du football en Australie, où cet exploit est considéré comme le plus grand moment de l'histoire sportive du pays.

Le jeune Awer n'en savait rien. Les nouvelles du monde extérieur pénétraient rarement dans le camp et le quotidien lui posait des problèmes bien plus pressants. Qui aurait pu imaginer à l'époque que ce gamin d'Afrique orientale entrerait un jour dans les annales des Socceroos ?

Et pourtant… Deux mois après la qualification de l'Australie pour Allemagne 2006, la famille de Mabil s'installait au pays des kangourous et aujourd'hui, l'ailier est un international australien. Lancé dans le grand bain en octobre 2018, il a marqué quelques minutes après son entrée sur le terrain en deuxième période.

Un autre réfugié soudanais, Thomas Deng, a lui aussi fait ses débuts en sélection australienne au Koweït. Les deux amis ont fréquenté la même école à Adélaïde et ont intégré le même club de football junior. Comme de juste, Deng a joué un rôle crucial dans le but de Mabil.

"C'est un grand honneur de représenter l'Australie, qui nous a donné une deuxième chance, à moi et à ma famille, confie Mabil à FIFA.com. Je lui en suis très reconnaissant. Je ne connais qu'un moyen de l'en remercier, c'est le football. Je suis prêt à donner le meilleur de moi-même à ce pays."

Mabil a poursuivi sur sa lancée cette semaine en livrant de belles prestations face à la République de Corée et au Liban. Il affrontera son prochain test en janvier, lors de la Coupe d'Asie de l'AFC dans laquelle l'Australie défendra son titre.

Le joueur de 23 ans est aujourd'hui pensionnaire du FC Midtjylland danois, après avoir fait ses premières armes sous les couleurs d'Adelaide United. Il est devenu l'incarnation de la diversité de la société pluriculturelle australienne, qui n'aurait pu trouver de meilleur porte-drapeau. Lumineux, talentueux et humble, Mabil inspire par l'exemple, et non seulement par les mots.

Revenu au camp de réfugiés du Kenya en 2014, il a réalisé qu'il était à présent à même de rendre ce qui lui avait été donné. C'est ainsi que Barefoot to Boots est né. "L'objectif de 'Barefoot to Boots' est d'aider les réfugiés à travers le football, s'enflamme Mabil à propos du programme qu'il a cofondé.

'Nous avons pris conscience qu'il était possible d'en faire plus" ajoute-il. "Beaucoup d'enfants n'avaient pas de chaussures. J'en ai parlé à mes coéquipiers et à Adelaide United, et ils m'ont énormément aidé. Les supporters se sont également impliqués en donnant leurs crampons et leur équipement de football. Petit à petit, les enfants ont tous été pourvus de chaussures et ont pu prendre part aux matches. C'était aussi une mesure de sécurité destinée à protéger leurs pieds."

"Je suis fier de l'influence que nous avons eue sur la vie des réfugiés en quatre ans. Tout ce qu'ils veulent, c'est qu'on leur donne une chance et sortir de leur isolement," poursuit Mabil. Lors de ses sept voyages au Kenya, il a illuminé le camp par sa simple présence, bien qu'il soit trop humble pour se considérer comme un modèle.

"Je ne dirais pas que je suis un modèle, mais j'aimerais ouvrir la voie aux enfants, leur montrer que les rêves peuvent devenir réalité à force de volonté", poursuit-il. "Il faut être prêt à travailler et à se battre pour triompher des obstacles."

Aujourd'hui, 'Barefoot' a élargi son champ d'action pour apporter une contribution aux hôpitaux et à l'éducation, mais le football reste au cœur de notre programme. Le football m'a donné la possibilité de créer cette association. Il m'a donné la vie", conclut-il.

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