Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

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12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Maturana : "Bien jouer aujourd'hui et continuer demain"

Brazilian national football team technical coordinator Carlos Alberto Parreira (L) talks to Colombian football coach Francisco Maturana
© AFP

Francisco Maturana est un entraîneur qui a marqué son époque dans le football colombien. Après avoir raccroché les crampons, l'ancien défenseur a officié pour la première fois comme technicien en 1986. Depuis, il a collectionné les trophées, dirigeant notamment la Colombie lors des éditions 1990 et 1994 de la Coupe du Monde de la FIFA™. En 2001, il a offert à son pays son seul triomphe à ce jour dans la Copa América. Pacho a également été aux commandes du Costa Rica, du Pérou, de l'Équateur, et s'est même offert le luxe en 1989 de transformer l'Atlético Nacional de Medellín en la première équipe colombienne vainqueur de la Copa Libertadores.

Membre de la Commission du Football de la FIFA, Maturana peut parler en connaissance de cause de l'actualité du football dans son pays. C'est ce qu'il fait au micro de FIFA.com. Dans la première partie de l'entretien, Pacho se pose des questions sur l'avenir de l'équipe entraînée par José Pekerman, donne son favori pour Brésil 2014 et apporte ses idées sur un sujet à la fois ancien et brûlant dans le football sud-américain : qu'est-ce que "bien jouer" ?

FranciscoMaturana, la Colombie a enfin réussi ce que tout le pays attendait depuis 15 ans : se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA. Quelle est votre analyse concernant l'équipe de José Pekerman ?
À l'heure actuelle, je dirais qu'il y a un peu d'incertitude. Au-delà des résultats, sur le plan footballistique, plusieurs questions se posent quant au vrai potentiel de la Colombie. Il existe une génération qui a atteint un très bon niveau de compétitivité car elle est entièrement composée de joueurs qui disputent les plus grandes compétitions avec les clubs des meilleurs championnats. Autour d'eux, ou plutôt au-dessus d'eux, il y a un entraîneur qui a su les gérer et des dirigeants qui ont su créer un environnement favorable pour que ces joueurs puissent s'exprimer. Cela dit, il n'existe pas de continuité dans cette expression.

Qu'entendez-vous par là ?
J'entends par là de bien jouer aujourd'hui et de continuer à le faire demain. Peu importe si cela se traduit par une victoire ou une défaite. On peut perdre un match en jouant bien. Mais vous ne perdez que ce match. En jouant bien, avec une idée bien définie, vous gagnerez en principe la plupart de vos matches. Mais quand vous comptez sur les individualités pour remporter les parties, alors ça devient un pari.

C'est presque un débat philosophique : qu'est-ce que "bien jouer" ?
C'est très facile, César Menotti le disait déjà à son époque. Cela permet d'éviter de couper les cheveux en quatre ou de se lancer dans des discussions inutiles. Bien jouer, les gens savent ce que c'est. Il ne faut pas chercher plus loin. Il y a des matches où même si leur équipe perd, les spectateurs applaudissent à la fin. Le public sait parfaitement reconnaître le bon football. Les gens ne sont pas stupides et les footballeurs jouent pour eux.

Pour revenir à la Colombie et à la question de la continuité, l'équipe a beaucoup changé depuis le début des qualifications et l'arrivée de José Pekerman. Quelle est l'importance de l'entraîneur ?
Le football se joue au présent. Un bel exemple de cela est Radamel Falcao. Quand il était à l'Atlético, je me souviens qu'en regardant les matches, je me disais toujours "passez le ballon à Falcao, passez-lui, car tout ce qu'il touche se transforme en or". Et puis le même Falcao, lors de la Copa América en Argentine, a eu l'opportunité de qualifier la Colombie sur penalty, mais il l'a manqué. Qu'est-ce qui sépare le Falcao de l'Atlético de celui de la Colombie dans cette Copa América ? Le temps. Le temps est le grand révélateur. C'est lui qui dirige la maturation des joueurs et le football passe par les joueurs, beaucoup plus que par les plans de victoire établis par les entraîneurs.

Falcao est-il le joueur colombien le plus déterminant depuis la génération des années 1990 ?
(Il réfléchit) Ce sont ces choses qui enrichissent le football à travers la discussion. Pendant la Copa América, j'ai lu un commentaire de Menotti, un monument du football qui a tout mon respect et toute mon admiration. Il disait que la Colombie allait revenir, parce qu'elle avait Fredy Guarín. Quand j'ai lu ça, j'ai été immédiatement d'accord. Il n'avait pas encore atteint sa maturité, mais le joueur était déjà là. Si vous me demandez, il y a un joueur colombien qui, d'après ce que j'ai vu, ne fait que des bons matches : c'est Camilo Zuñiga. Il est très important car vous pouvez avoir la possession du ballon pendant toute la partie, si vous n'avez pas de latéraux qui prennent les couloirs, votre domination reste stérile. C'est essentiel au bon fonctionnement d'une équipe.

Maintenant, si j'analyse le parcours de la Colombie dans les éliminatoires, je pourrais dire que le joueur le plus important a été David Ospina, car il a été déterminant dans les moments décisifs. Quand la Colombie essaie de bien jouer, le jeu passe presque toujours par Teófilo Gutiérrez. Lorsqu'elle est en difficulté, la créativité de Juan Cuadrado est spectaculaire. L'équilibre apporté par Carlos Sánchez est essentiel également. Voilà pourquoi je dis que le football passe par les joueurs. Dans le football, il y a un moment pour chaque joueur.

Que dire de James Rodríguez et de sa capacité à porter le numéro 10 ?
Il possède la rapidité, l'accélération, l'audace. James apporte du raffinement dans le jeu.

Parlons de Brésil 2014. Quelles sont les équipes sud-américaines les mieux armées ?
Il faut être cohérent. Ces dernières années, la meilleure équipe d'Amérique a été l'Uruguay. Elle a été quatrième de la dernière Coupe du Monde et championne d'Amérique du Sud l'année d'après. Ce n'est pas rien. Ensuite, la sélection uruguayenne a connu une baisse de régime dans les éliminatoires, puisqu'elle n'est toujours pas qualifiée. Mais il faudra compter avec cette équipe car elle possède les mêmes joueurs, avec trois ans d'expérience en plus et une philosophie de jeu qui a eu le temps de mûrir. Il faudra évidemment tenir compte de l'Argentine, car vous êtes obligé de respecter l'équipe qui a dans ses rangs le meilleur joueur du monde. L'Albiceleste a certains problèmes à régler et on verra comment elle le fera, mais il faudra compter avec elle. Il y a aussi la Colombie, qui est performante et j'espère que cela continuera. Aujourd'hui elle marche bien, mais cela durera-t-il ? Personne ne peut le savoir.

Le thème du temps n'est jamais loin…Tout le monde se souvient de la Colombie en 1994. Avant la Coupe du Monde, nous avions réalisé une série de quelque chose comme 24 victoires consécutives. Arrivés au Mondial, plus rien. Nous avons terminé derniers de notre groupe. Et ce n'est pas le propre de la Colombie. L'une des plus belles équipes de la dernière décennie en Amérique du Sud a été l'Argentine de Marcelo Bielsa, qui était une véritable machine à gagner. En 2002, tout le monde la donnait championne du monde. Voyez ce qui s'est passé : elle a été éliminée au premier tour. Je ne pense pas que cette équipe ait péché par orgueil ou manque de motivation. C'est juste qu'à un moment précis, les joueurs n'y étaient pas. Je le répète, ce sont eux qui déterminent le résultat final.

Le Brésil avec Neymar est-il le grand favori ?

Le Brésil avec Neymar pas tant que ça, mais le Brésil au Brésil, oui ! Je suis d'accord avec ce qu'avait dit Diego Maradona. Le Brésil a gagné la dernière Coupe des Confédérations et il faut donc le respecter, mais si le tournoi s'était disputé n'importe où ailleurs, c'est l'Espagne qui aurait été championne. L'état d'esprit, l'hymne prolongé a cappella dans tous les stades, la communion entre le public et les joueurs, tout cela crée du bonheur dans le pays. Si vous ajoutez à cela les individualités que possède le Brésil, un entraîneur - Luiz Felipe Scolari - qui a déjà gagné la Coupe du Monde et le fait de jouer devant son public, vous obtenez une équipe qui réunit à peu près tous les ingrédients du favori. Après ça, n'importe quelle équipe peut aussi apparaître là où personne ne l'attend.

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