Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™

14 juin - 15 juillet

Coupe du Monde de la FIFA™

Paredes change tout et ne regrette rien

© AFP

"Paredes, il nous manque un latéral droit. Ça te dit d'essayer ?" En septembre 2010, au lendemain de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™, le Colombien Reinaldo Rueda, sélectionneur de l'Équateur en place depuis un mois, convoque pour la première fois Juan Carlos Paredes. Il envisage de lui faire changer de position. La *Fourmi *est alors un jeune joueur de 23 ans. La possibilité de vêtir le maillot de la sélection ne laisse pas de place au doute. Sans tergiverser, il répond par l'affirmative.

Ce n'est pas la première fois qu'un entraîneur lui propose de prendre une telle décision. Un an plus tôt, l'Argentin Guillermo Duró lui suggère de laisser tomber son poste d'ailier au profit de celui de milieu droit sous le maillot du Deportivo Cuenca, en Équateur. "'Tu es rapide, tu auras plus d'espaces et aura un meilleur rendement', m'a-t-il dit. Et il avait raison ! Ce sont les mêmes raisons qui ont fait de moi un latéral. Et me voici ici aujourd'hui", raconte Paredes à FIFA.com, en Angleterre, où il évolue depuis deux saisons aux deux postes, sous le maillot de Watford.

C'est donc Rueda qui le lance dans le grand bain avec la sélection lors d'un match amical contre le Mexique, quelques jours seulement après leur entretien. Athlétique, rigoureux au marquage et intelligent au moment de prendre le couloir, il démontre ses qualités au fil du temps. Au point de devenir un habitué des convocations. Lorsque Rueda ne le convoque pas pour la Copa América de 2011, Paredes est surpris. "Le *Profe *a jugé que la qualité des mes prestations avait baissé. J'ai respecté sa décision et j'ai continué à travailler. À la fin de la compétition, il m'a appelé et j'ai été convoqué à chaque fois depuis", explique l'admirateur du Brésilien Maicon et de l'Allemand Philip Lahm.

Il n'a pas tort. Entre juin 2012 et novembre 2015, Paredes dispute 42 rencontres consécutives en tant que titulaire en sélection. Il prend part à 14 matches sur les 16 des qualifications de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™ et aux trois de la compétition brésilienne. La Tri ne passe pas la phase de groupes mais son rendement lui permet de conserver son sélectionneur Gustavo Quinteros dans ses fonctions et de travailler dans la continuité.

La série de Paredes prend fin en mars 2016 lorsqu'une blessure musculaire l'empêche de prendre part au match contre le Paraguay, à Quito, pour la cinquième rencontre des qualifications pour Russie 2018™. Le match nul (2:2) met alors fin au sans-faute de l'Équateur. "Je ne pense pas être un titulaire indiscutable et je ne tiens pas compte des statistiques. Je veux juste faire ce qu'on me demande et atteindre les objectifs. J'étais triste de ne pas pouvoir aider l'équipe", commente-t-il.

Même si la presse s'emballe lors de son retour, Paredes ne peut éviter la défaite de son équipe face à la Colombie (3:1). Malgré cette déconvenue, l'Équateur est deuxième, à égalité de points avec l'Uruguay, et aspire à une place qualificative pour la compétition mondiale. "Pour le moment, nous sommes satisfaits. Si on compare avec les éliminatoires précédentes, nous avons obtenu de meilleurs résultats à l'extérieur. Nous progressons", estime-t-il. 

Qualités et aspirations
Savoir rester positif est une des qualités de Paredes. Il l'a apprise auprès de sa maman, Carlina. "J'ai perdu mon papa lorsque j'avais 3 ans et elle a joué les deux rôles jusqu'aujourd'hui. Elle m'a toujours soutenu, même lorsque je rentrais chez moi avec les chaussures abîmées parce que je jouais au foot dans la cour de l'école", se souvient-il, avec nostalgie. Chez lui, dans sa ville natale d'Esmeraldas, il avale des couleuvres dans sa quête de devenir un joueur de football. Le club d'Aucas lui ferme la porte en 2005 et, en 2008, alors qu'il est professionnel, le Deportivo Cuenca lui annonce qu'il n'a plus besoin de ses services. Par la suite, ce même club, dont Paredes est fan, reviendra le chercher.

C'est ici, dans le quartier où il dispute "des matches contre 10 ou 20 dollars", qu'il acquiert son surnom de Fourmi. "Mes amis m'appelaient comme ça parce qu'ils disaient que j'étais léger comme une fourmi. C'est un insecte travailleur, qui a le sens du sacrifice et qui apporte beaucoup au collectif. J'aime bien ce surnom", raconte ce croyant, amateur de salsa et des spécialités culinaires locales à base de riz. À la faveur d'un titre remporté avec le Deportivo Quito, de deux saisons sous le maillot du puissant Barcelona de Guayaquil et de ses prestations en sélection, Watford lui ouvre ses portes avant même la Coupe du Monde 2014. "Ça s'est fait sur un coup de tête. J'ai toujours rêvé de jouer en Angleterre. Je ne regrette pas", assure-t-il même si, après avoir été un des artisans de l'accession en Premier League, il n'est plus titulaire. "Ce n'est pas facile. Même si je veux me battre et poursuivre mon aventure ici."

Ce même sentiment l'anime au moment de reprendre les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018, contre le Brésil et le Pérou et de viser une place sur la scène mondiale. Se qualifier est presque devenu une obligation pour les Équatoriens, et les supporters leur font bien sentir. "Ils ont changé leur façon de voir. Tant mieux, nous aussi", conclut celui qui avait déjà changé de vision quand on lui a proposé de changer de poste...

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