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21 novembre - 18 décembre

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Pelé : "J'ai vu mon père pleurer"

  • ​Pelé a vu son père pleurer pour la première fois en 1950
  • Il repense encore souvent au Maracanazo
  • La légende évoque pression sur ses épaules lors de Mexique 1970

Le Maracanazo a dévasté le Brésil. La promesse manquée d'un sacre tracé d'avance avait plongé le Brésil dans le désarroi collectif le plus total en 1950. Pelé s'en souvient comme si c'était hier. La légende confie au micro de FIFA.com ses regrets, ses émotions et les leçons tirées de la plus grande frustration de sa carrière.

Pelé, Quel est votre souvenir le plus marquant de cette expérience aigre-douce de 1950 ?
J'ai beaucoup de très bons souvenirs liés au football mais il se trouve que le premier d'entre eux l'est beaucoup moins, puisque c'est précisément la défaite du Brésil en Coupe du Monde cette année-là. Pour la première fois, j'ai vu mon père pleurer, à cause de cette défaite. J'avais neuf ou dix ans. Il était à côté de la radio. Je lui ai demandé : "Pourquoi tu pleures, papa ?". Il m'a répondu : "Le Brésil a perdu le Mondial". C'est l'image qui me reste de 1950. Mais huit ans plus tard, j'étais en Suède et j'ai gagné le titre. J'ai disputé quatre Coupes du Monde et j'en ai gagné trois, la dernière en 1970. Je peux dire que Dieu m'a tout donné.

Comment cet épisode avec votre père a-t-il marqué votre carrière professionnelle ?
J'étais avec trois ou quatre amis, les enfants de coéquipiers de mon père, qui était lui aussi footballeur. À cette époque, il n'y avait pas la télévision. C'est pourquoi il avait invité tout le monde à la maison pour écouter le match à la radio. Nous, les enfants, nous sommes allés jouer dans la rue. C'était très animé. Il y avait beaucoup de monde mais plus tard, tout est devenu très silencieux. Nous sommes rentrés à la maison pour demander ce qui se passait. Mon père était en train de pleurer. Il m'a dit que nous avions perdu. Je me souviens lui avoir dit, pour plaisanter : "Ne pleure pas papa, je vais la gagner pour toi, la Coupe du Monde". J'ai dit la première chose qui me passait par la tête, mais huit ans plus tard, j'ai été convoqué en sélection et nous avons gagné le titre.

Comment cette défaite inattendue contre l'Uruguay a-t-elle affecté le pays ?
J'étais petit et c'est la première fois que j'ai vu autant de gens déprimés, autant de gens pleurer… On raconte que deux ou trois personnes sont mortes de crise cardiaque. J'étais jeune, mais le souvenir que j'en garde est celui d'une tristesse absolue. Il n'y a aucun doute là-dessus.

Si Pelé était né quelques années plus tôt et avait disputé cette Coupe du Monde de la FIFA, y aurait-il eu un Maracanazo ?
(rires) Naturellement, on essaie toujours d'obtenir le meilleur pour ses proches et pour sa famille. Si j'avais pu choisir, j'aurais demandé à Dieu de me faire naître quelques années plus tôt pour aider le Brésil et éviter ce qui s'est passé...

Et huit ans plus tard, vous gagnez le titre vous-même. Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?
Ce fut une autre surprise. À 15 ans, j'ai participé à un tournoi à Rio, avec une équipe réunissant des joueurs de Santos et de Vasco Da Gama. Nous avons disputé quelques rencontres internationales au Maracanã et c'est après cela qu'ils m'ont choisi. Je ne m'y attendais absolument pas ! Ce fut une surprise pour tout le monde, pas seulement pour moi.

Si vous deviez comparer votre première et votre dernière consécration, en 1958 et 1970, quelle serait votre analyse ?
La réponse est facile. J'ai joué quatre Coupes du Monde et nous avons eu la chance d'en gagner trois. Tout le monde me demande s'il est difficile de disputer un Mondial à 17 ans. Ma réponse est toujours la même : je voulais être dans l'équipe. Ce fut vraiment comme un rêve car nous avons gagné et en plus, je ne ressentais aucune espèce de responsabilité. En 1970, j'étais à mon meilleur niveau. Nous avions une grande équipe. Ce fut ma dernière Coupe du Monde. Mais si je la compare à la première, dans laquelle je n'avais aucune expérience, je dois dire que celle au Mexique a été beaucoup plus difficile. Nous avions une équipe formidable et donc, tout le monde nous donnait favoris. Ça me faisait trembler. J'étais très nerveux. La pression était énorme. Les gens l'ont peut-être oublié, mais la situation politique au Brésil n'était pas bonne et nous avions le sentiment d'être obligés de gagner cette Coupe du Monde. Grâce à Dieu, nous avons réussi. Voilà la principale différence.

Les choses ont-elles beaucoup changé depuis ?
Oui, c'est incroyable, surtout du point de vue des moyens de communication. En 1958, nous n'avions pas la télévision ni les nouvelles technologies. Je voulais parler à mon père pour lui dire que nous avions gagné la Coupe du Monde. Pour cela, nous avons dû aller dans un central téléphonique en Suède ! J'ai dit à mon père : "Papa, nous avons gagné le Mondial. Tu as vu ?". Il m'a répondu : "Non, je n'ai pas vu, mais j'ai écouté !". C'est une différence énorme. Aujourd'hui, le joueur qui marque un but peut envoyer une bise par le biais de la caméra. Nous, nous n'avions pas cette possibilité. Selon moi, c'est la plus grosse différence.

Il existe toutefois beaucoup d'images de la Coupe du Monde. Avez-vous eu l'occasion de les voir?
Oui, ça m'est arrivé. On trouve facilement ces images en vidéo et les programmes de télévision les repassent souvent. Mais je vais vous avouer une chose : si je ne suis pas préparé, ces images me font toujours pleurer. Quand je vois ces joueurs, les gens qui me portent en triomphe, ça me remplit d'émotion… Je suis sensible !

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