Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™

21 novembre - 18 décembre

Qatar 2022

Sánchez : "Un événement historique"

© Getty Images
  • Felix Sanchez vainqueur de la Coupe d’Asie 2019 avec le Qatar
  • Le sélectionneur a joué un rôle important dans l’ascension du football qatarien
  • Il évoque la Copa America et Qatar 2022

Les techniciens sont souvent classés dans différentes catégories : entraîneur de club, sélectionneur ou formateur. L’Espagnol Felix Sanchez, lui, n’est pas homme à limiter ses horizons. Il a donc choisi d’emprunter une voie originale, en marge de la plupart de ses collègues. Il pose ses valises au Qatar en 2006, pour rejoindre l’Aspire Academy. Son premier rôle consiste à identifier et accompagner les jeunes talents.

Personne ne s’imagine alors quel avenir l’attend à la tête de l’équipe nationale. En 2014, il mène la sélection U-19 à la victoire en Coupe d’Asie U-19 de l’AFC. L’année suivante, il participe avec ses joueurs à la Coupe du Monde U-20 de la FIFA. Il passe ensuite tout près d’une qualification pour le Tournoi Olympique de Football masculin. Ces bons résultats le propulsent finalement au poste de sélectionneur. Ses dirigeants lui demandent alors de ramener le titre continental au Qatar. Notre homme s’exécute en 2019 et offre aux Annabi leur premier sacre en Coupe d’Asie.

Il y a quelques semaines, la Fédération qatarienne de football (QFA) a prolongé le contrat de Sanchez jusqu’au terme de la Coupe du Monde de la FIFA 2022™, qui aura lieu au Qatar. De toute évidence, les responsables du football qatarien sont persuadés que l’Espagnol peut mener son équipe encore plus loin.

De fait, les préparations pour le grand rendez-vous mondial battent leur plein dans le pays hôte. À l’issue de la saison, la sélection s’est retrouvée pour un stage à l’étranger, avec l’ambition de créer la surprise durant la Copa America 2019 qui se déroulera au Brésil au 14 juin au 7 juillet et pour laquelle les Annabi ont été invités. Avant de faire ses valises, Sanchez a pris le temps d’accorder un entretien exclusif à FIFA.com.

Felix Sanchez, le Qatar a repris le cours de ses préparatifs pour la Coupe du Monde de la FIFA 2022™, après une année extraordinaire. Votre participation à la Copa America est-elle un pas dans la bonne direction ?

Il ne faut jamais perdre de vue ses objectifs à long terme. L’État du Qatar prépare un événement historique : l’organisation de la Coupe du Monde 2022. Nous devons nous assurer que l’équipe sera au rendez-vous et à la hauteur des attentes du pays. En clair, nous ne participerons pas uniquement pour nous-mêmes. Nous sommes bien décidés à marquer l’histoire de la Coupe du Monde, d’autant que le Qatar n’a jamais participé à cette compétition.

Notre intégration à la Copa America représente une étape importante sur la route de la Coupe du Monde, mais ce voyage, nous l’avons entamé depuis longtemps. Il s’agit d’un tournoi officiel. Nous allons rencontrer des équipes expérimentées, d’un niveau supérieur à celles que nous avons croisées en Asie. Dans notre groupe, nous affronterons l’Argentine, qu’on ne présente plus, et la Colombie, une sélection habituée aux performances exceptionnelles, que ce soit en Coupe du Monde ou en Copa America. Le Paraguay présente aussi de solides références. Je pense que ces matches constituent un test important pour moi et pour mes joueurs. Ils vont nous permettre de nous situer et de mesurer le travail qui nous reste à accomplir.

Qu’espérez-vous retirer de cette participation et quelles sont les chances des Annabi ?

Nous avons beaucoup de jeunes joueurs et nous allons donc chercher à emmagasiner de l’expérience face à des adversaires de haut niveau. Plus précisément, nous allons nous familiariser avec le jeu pratiqué en Amérique latine en disputant un tournoi prestigieux, devant de nombreux supporters. Cette expérience va nous permettre de régler des détails importants, sur le terrain comme en dehors. Je veux que mon équipe livre des performances correctes et honorables. Je souhaite aussi qu’elle démontre que nous avons progressé. Ce n’est pas qu’une question de points ou de qualification pour la seconde phase même si, bien entendu, je serais heureux de prolonger notre séjour au Brésil.

Vous allez affronter le Brésil en amical avant le début du tournoi. Vous aurez donc la chance de croiser les deux poids lourds sud-américains en quelques jours : le Brésil de Neymar et l’Argentine de Messi.

Ces deux joueurs possèdent un talent hors du commun. Je crois que nos joueurs ont tout à gagner en les affrontant. Sur le plan psychologique, je pense avoir sous mes ordres des professionnels, qui savent ce que l’on attend d’eux dans ces situations. Plus généralement, ces deux matches sont avant tout l’occasion d’affronter deux équipes de onze joueurs et non deux grands noms du football mondial. C’est tout l’intérêt de telles rencontres.

La QFA a récemment prolongé votre contrat jusqu’au terme de la Coupe du Monde 2022. Faut-il y voir la récompense de vos excellents états de service depuis votre arrivée au Qatar ?

Je tiens tout d’abord à remercier la QFA et son président le Sheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani, qui nous a toujours soutenus. Il a cru en moi et il m’a donné ma chance avec l’équipe nationale, après mes passages à la tête de la sélection U-19 et de l’équipe olympique. Cette prolongation de contrat au lendemain de la Coupe d’Asie montre que nous faisons du bon travail et que nous avons su tenir notre rang sur la scène continentale. J’espère que nous continuerons à accumuler les bons résultats lors de la prochaine phase.

Vous avez débuté votre parcours au Qatar en tant que formateur. Diriez-vous qu’un entraîneur doit gravir les échelons dans l’ordre ? Avez-vous beaucoup appris tout au long de votre propre parcours, compte tenu des nombreuses compétitions auxquelles vous avez participé ?

Absolument. Comme les joueurs, les entraîneurs apprennent au fil du temps. Personne n’a la science infuse. Tout le monde commence en bas de l’échelle et doit travailler pour se faire un nom et une réputation. Pour ce qui est des compétitions, je pense que chaque match, indépendamment du contexte ou du niveau, est une occasion d’apprendre. J’ai travaillé avec des joueurs de tous les âges. À chaque fois, j’en ai profité pour acquérir de nouvelles compétences.

Il reste trois ans et demi avant la prochaine Coupe du Monde. Quels sont vos plans pour cette période ?

Je crois que la QFA sait que la prochaine étape est très importante. Il nous reste trois ans, mais nous sommes certains de pouvoir disputer tous les matches dont nous avons besoin. Nous voulions rencontrer des adversaires aux profils variés avant la Coupe d’Asie 2019 et nous avons été en mesure de composer un programme adapté pour bien préparer l’événement. Nous avons joué contre la Suisse, l’Islande et l’Équateur. Désormais, nous allons livrer des matches difficiles en Copa America et, auparavant, nous affronterons le Brésil. Nous sommes certains que le programme à venir sera optimal, que ce soit au niveau du choix des adversaires ou des stages. N’oubliez pas que nous sommes également concernés par deux compétitions préliminaires : celle de la Coupe du Monde 2022, même si nous sommes qualifiés d’office, et celle de la Coupe d’Asie 2023, au cours de laquelle nous défendrons notre titre.

Revenons à la Coupe d’Asie 2019. Votre exploit est remarquable à plus d’un titre. Vous attendiez-vous vraiment à remporter le titre ? Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Effectivement, on ne voit pas ça tous les jours. La compétition était féroce. Nous avons dû relever de nombreux défis et l’équipe n’a pas ménagé ses efforts pour triompher. Quelques heures après notre victoire, nous étions de retour à Doha. Quand les portes de l’avion se sont ouvertes, nous avons eu droit à un accueil magnifique de la part de nos dirigeants et de nos supporters. À ce moment, nous avons pris conscience de ce que représentait cette victoire à leurs yeux. Notre plus belle victoire, c’est le bonheur que nous avons pu lire sur les visages des Qatariens. Du point de vue technique, nous savions que ces compétitions se jouent et se gagnent sur le terrain. La réputation ou le palmarès n’ont rien à voir là-dedans. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur le football et d’oublier tout le reste. Je pense que nous avons fait le bon choix. Nous avons pris les matches les uns après les autres. Dès le coup de sifflet final, nous ne pensions plus qu’au match suivant. Ça nous a donné une force supplémentaire.

Quand avez-vous commencé à croire au titre ? Y a-t-il un match ou un moment où tout a basculé dans votre tête ?

Nous avons joué sept matches en tout, mais notre victoire sur l’Arabie Saoudite lors de la dernière journée de la phase de groupes a été cruciale. Nous avons pris la première place et, surtout, nous avons pris conscience de nos possibilités. Pour notre premier match à élimination directe, nous avons rencontré l’Irak. Le stade était plein de supporters irakiens. La rencontre était tendue, mais nous l’avons emporté. Au tour suivant, nous avons fait preuve d’intelligence pour venir à bout de la République de Corée, grâce à l’engagement des joueurs. Ensuite, la demi-finale a marqué un autre tournant. Quand on affronte le pays hôte (les Emirats Arabes Unis), la pression est toujours au rendez-vous. Mais tout le monde s'accorde à dire que nous avons livré l’un de nos meilleurs matches. Nous avons contrôlé le jeu, nous avons eu des occasions et nous avons marqué quatre buts. Nous aurions pu nous contenter d’atteindre la finale, mais ce groupe n’a rien perdu de son enthousiasme, malgré les efforts et les épreuves. Pourtant, nous avions face à nous le Japon, une équipe très expérimentée et qui domine la scène asiatique depuis plusieurs années. C’était un match historique. Nous avons mis en place une stratégie astucieuse pour tirer parti des faiblesses de nos adversaires et contrer leurs points forts. En dehors des minutes qui ont suivi leur but en seconde période, notre performance a frôlé la perfection. Il n’en fallait pas moins pour remporter ce titre.

Vous avez côtoyé de nombreux internationaux à l’Aspire Academy. Vous les avez ensuite accompagnés tout au long de leur parcours dans les différentes sélections. En ce qui concerne le développement du football qatarien, pensez-vous que le travail d’Aspire commence à porter ses fruits ?

Sans aucun doute. Nous avons débuté avec une petite équipe, qui n’a cessé de progresser. Nos jeunes ont gagné la Coupe d’Asie U-19 en 2014. L’an dernier, ils ont atteint les demi-finales. À chaque fois, nous nous sommes qualifiés pour la Coupe du Monde U-20. Nous avons terminé troisièmes de la Coupe d’Asie U-23, mais nous n’avons pas réussi à valider notre ticket pour les Jeux Olympiques 2016. Pour 2020, nous alignerons une équipe compétitive.

Grâce au développement des joueurs au sein des différentes sélections, nous avons réussi à former un groupe extraordinaire, qui nous a permis de remporter notre première Coupe d’Asie. Nous avons aussi dans nos rangs le meilleur buteur et le meilleur gardien du tournoi, Almoez Ali et Saad Al Sheeb. On peut donc dire que le système créé il y a des années commence à payer, mais j’insiste sur le fait que nous allons garder le cap à l’avenir.

De nombreux Qatariens ont joué à l’étranger avant de revenir au pays. Pensez-vous qu’ils sont désormais prêts à évoluer dans les meilleurs championnats européens ?

Oui. Dans un premier temps, il leur a fallu gagner de l’expérience. Maintenant, je pense qu’ils sont nombreux à avoir le niveau pour jouer parmi les professionnels en Europe. J’espère qu’ils auront l’occasion de se mettre en évidence pendant la Copa America et qu’ils attireront l’attention de clubs européens. Si cela se produit, tout le monde en sortira gagnant.

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