Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™

Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™

11 juin - 11 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2010™

Surnoms : mode d'emploi

French defender William Gallas (C) is congratuled by his teammates after scoring a goal
© AFP

La Coupe du Monde arrive en Afrique, un continent où les équipes nationales sont souvent appelées par leur surnom. Mais ce symbolisme se retrouve partout dans le monde, et les trente-deux équipes qualifiées sont toutes très fières de leur appellation d’origine contrôlée. Une enquête de FIFA World.

"Socceroos, Black Stars et Aigles Blancs" titrait un journal allemand au lendemain du tirage au sort de la Coupe du Monde de la FIFA 2010, faisant référence aux adversaires qui feront face à l’Allemagne dans le groupe D : l’Australie, le Ghana et la Serbie. Il en a été de même après la défaite de la France 2-0 face à l’Espagne en mars dernier, un journal usant alors de la métaphore des couleurs pour annoncer que la Roja avait donné la leçon aux Bleus.

Aussi, les amateurs de football qui ne sont pas habitués à utiliser les surnoms des équipes feraient bien de réviser leurs classiques car la Coupe du Monde arrive en Afrique et cette pratique y est plus que répandue. Les non-initiés auraient en effet toutes les peines du monde à savoir comment des fennecs ont pu battre des éléphants - phénomène improbable pourtant relaté par la presse au lendemain de la victoire de l’Algérie face à la Côte d’Ivoire…

Les félins et autres puissants animaux dominent la jungle des surnoms d’équipes africaines, probablement en raison de stéréotypes bien ancrés en Europe. Pierre Lanfranchi, professeur à l’Université De Monfort (Angleterre) et grand historien du football, explique pourtant qu’en plus de leur puissance, les footballeurs africains sont aussi très techniques, ce qui l’amène à penser que ces références animalières ne servent pas forcément leur image. Au départ, les meilleurs joueurs africains ont été décrits de manière assez primitive, comme tirant leur habilité d’un vague héritage du monde animal, à l’instar du Portugais d’origine mozambicaine Eusebio, "la panthère noire", ou du Malien Salif Keita, "la gazelle de Bamako" (aussi "la panthère noire"), - un surnom plus prestigieux, "la perle noire", ayant pourtant été attribué dans les années 50 à Ben Barek, international français d’origine marocaine.

"À l’époque, les journalistes avaient du mal à concevoir que des joueurs africains puissent jouer de manière tactique et faire montre d’une quelconque technique", explique Pierre Lanfranchi. "Et cela s’est traduit par certains surnoms donnés aux sélections africaines".

Il ajoute que certains surnoms africains ont été adoptés en réponse à ceux déjà choisis par des sélections rivales : "Le surnom des Fennecs est arrivé assez tard, au début des années 80, apparemment en réponse aux Lions indomptables du Cameroun et aux Éléphants de Côte d’Ivoire. De nos jours, faire référence à un animal sauvage est presque obligatoire pour les équipes africaines, et ces surnoms sont repris très spontanément par le public et les médias".

Parmi les exceptions se trouve la sélection sud-africaine, dont le surnom des Bafana Bafana ("garçons garçons" en zoulou) est maintenant bien ancré dans le cœur de ses supporters. C’est à l’origine un journaliste de Soweto qui l’a stigmatisé en 1992, après l’abolition de l’apartheid et le retour de l’Afrique du Sud sur la scène internationale. On dit que ce surnom vient du fait que la très jeune équipe était alors dirigée par des entraîneurs assez âgés, ou encore qu’il vient du fait que l’équipe avait à l’époque perdu cinq de ses six premiers matches internationaux en raison de son manque d’expérience.

Entre couleurs et animauxSi le règne animal a pu inspirer les équipes africaines, celles d’Amérique latine se raccrochent davantage aux couleurs de leur maillot ou de leur drapeau, comme par exemple l’Albiceleste ("ciel et blanc", Argentine), la Roja ("rouge", Chili), la Celeste ("bleu ciel", Uruguay), l’Albirroja ("rouge et blanc", Paraguay), la Canarinha ("jaune canari", Brésil), el Tri (pour "tricolore" en référence aux trois couleurs du drapeau mexicain) ou encore la Bicolor ("bicolore", Honduras).

Les surnoms des équipes européennes suggèrent eux aussi le patriotisme en reprenant bien souvent les couleurs nationales comme c’est le cas de la France (les Bleus), de l’Espagne (la Roja), de l’Italie (les Azzurri, "bleus" d’après la couleur de la Maison de Savoie, lignée royale italienne) ou des Pays-Bas (les Oranje, d’après la famille royale de la Maison d’Orange).

"En Europe, les équipes nationales de football sont nées à une époque où les pays développaient leur identité et unité nationales, c’est pourquoi les couleurs sont si importantes. En Afrique, c’est davantage une symbolique rattachée à la nature qui dicte les surnoms des sélections", analyse Patrick Mignon, écrivain et sociologue français de l’Institut National du Sport et de l’Éducation Physique (INSEP).

"Qu’il s’agisse de couleurs ou de symboles, employer le surnom d’une équipe signifie que les joueurs sont fiers de représenter leur pays. Cela signifie davantage d’implication pour l’équipe, pour le maillot. Les joueurs sont investis d’une mission, ils sont responsabilisés".

Il existe une équipe européenne qui allie symbolisme patriotique et référence à un noble animal : la Serbie, dont les joueurs sont surnommés les Aigles blancs, rappelant les armoiries du pays. D’autres pays ont également repris dans leur surnom des composantes de leur drapeau, comme le Portugal, surnommé Selecção das Quinas ("la sélection aux écussons") et l’Angleterre, dont les Trois Lions figurent sur le maillot depuis 1872 et le premier match de la sélection. Hors d’Europe, les Black Stars du Ghana font aussi référence au drapeau national.

Inventions récentesÀ côté de ces surnoms historiques ou animaliers fermement ancrés dans la tradition footballistique, d’autres sont bien plus récents. Au Japon, par exemple, Samurai Blue est un nom créé de toutes pièces par la Fédération Japonaise de Football (JFA). "Il nous fallait un surnom pour supporter notre équipe lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2006", explique Megumi Fujinoki, responsable de la communication de la JFA. "Pour faire notre choix, nous avons soumis cinq possibilités au vote du public et Samurai blue a été plébiscité".

En Nouvelle-Zélande, les internationaux étaient traditionnellement appelés les Kiwis, en référence à cet oiseau endémique du pays. Ils portaient maillots blancs, shorts noirs et chaussettes blanches, mais, pour la Coupe du Monde de la FIFA 1982 en Espagne, ils décidèrent de porter des shorts blancs, ce qui leur donna un surnom tout trouvé : les All Whites, traçant un parallèle évident avec leurs compatriotes rugbymen surnommés All Blacks.

De l’autre côté de la mer de Tasmanie, en Australie, les rugbymen sont depuis longtemps appelés les Wallabies, mais l’équipe de football n’avait pas de pendant. L’inventeur de leur surnom des Socceroos - contraction de soccer et kangourous en anglais - est le journaliste Tony Horstead, du Daily Mirror de Sydney. Horstead a trouvé ce nom en 1967 alors qu’il couvrait une tournée de l’équipe nationale au Vietnam, mais ce n’est qu’en 1972 que le terme s’est réellement imposé dans la presse. La Fédération Australienne de Football a ensuite elle-même officiellement employé ce surnom en 1973 sur les programmes de match de la compétition préliminaire de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 1974.

Pour l’équipe du Cameroun, une des plus populaires d’Afrique, le surnom des Lions indomptables a été créé en 1972. Après que le pays a manqué la qualification à la Coupe d’Afrique des Nations, le président de la République de l’époque, Ahmadou Ahidjo, a initié de nombreuses réformes, demandant notamment de baptiser l’équipe nationale. Le ministre des Sports a alors organisé une réunion avec divers membres de son cabinet, et il fut proposé d’appeler l’équipe les Lions. Plus tard, pour se différencier d’autres sélections qui s’identifiaient également au lion, il a été décidé de rajouter l’adjectif "indomptable".

Le surnom de l’équipe grecque, le Bateau pirate, est quant à lui un des plus récents. C’est en effet lors de l’EURO 2004 de l’UEFA au Portugal, que la Grèce a remporté à la surprise générale, que l’on a commencé à parler dans les médias de ce Bateau pirate qui sabordait tous les navires adverses.

Le surnom des Danois - Danish Dynamite - est également assez récent. Il date de 1983, année où les Scandinaves sont allés battre l’Angleterre à Wembley 1-0 grâce à un but d’Allan Simonsen leur permettant de se qualifier pour l’EURO 1984 en France où ils atteignirent les demi-finales. La chanson "We are red, we are white, we are Danish Dynamite" a ensuite fait un tabac et les deux derniers mots du refrains sont devenus le surnom de l’équipe.

Certains des surnoms sont toutefois moins imagés ou imaginatifs. L’Allemagne, par exemple, appelle son onze la Mannschaft ("équipe") tandis que la Suisse supporte sa Nati (contraction d’équipe nationale en allemand). Mais ces noms qui paraissent simplistes ne sont pas pour autant dépourvus de signification. "L’Allemagne a eu de nombreux drapeaux par le passé et le choix d’une couleur représentative a pu être difficile, à l’inverse de l’Italie où le bleu est la couleur des rois d’Italie, ou de la France dont le bleu est traditionnellement la couleur nationale", explique Patrick Mignon. "Le choix d’appeler l’équipe nationale Mannschaft montre clairement l’importance attachée à certaines valeurs, à l’esprit d’équipe et à la discipline collective que nécessite le football".

Au final, quelles que soient les origines des surnoms ou leur influence sur le mental des troupes, une chose est sûre : dans une compétition regorgeant de talents individuels et de grandes équipes, ces surnoms contribueront à coup sûr à intensifier la passion et à théâtraliser la lutte acharnée que se livreront fennecs et aigles, lions et éléphants, samouraïs et pirates.

Retrouvez dans la colonne de droite un document PDF avec les surnoms des 32 qualifiés pour la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010.

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