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21 novembre - 18 décembre

France

Trésor : "J’ai été bercé par le football brésilien"

France's Marius Tresor
© Getty Images
  • Marius Trésor raconte sa carrière en Bleu
  • Le défenseur a disputé deux Coupes du Monde
  • Il revient sur ses quatre buts en sélection

Quand Marius Trésor débute sa carrière en Bleu, deux ans seulement après son arrivée en métropole et une reconversion express en défense, l’équipe de France collectionne les désillusions. Douze ans plus tard, le mythique défenseur prend sa retraite forcé par un dos récalcitrant, avec deux participations à la Coupe du Monde de la FIFA, dont une demi-finale de légende contre l’Allemagne qu’il a marquée d’une volée magique avant de s’incliner dans les larmes.

"Je suis passé à côté du graal", confiera Trésor des années plus tard, lui qui vu avec bonheur les générations suivantes poursuivre la métamorphose de la France en équipe qui gagne.

Pour FIFA.com, celui qui fut élu Joueur français de l’année en 1972 évoque sa merveilleuse carrière avec le maillot tricolore qu’il a porté 65 fois, dont 23 en tant que capitaine.

Marius Trésor, le fait d’avoir été attaquant a-t-il fait de vous un meilleur défenseur ?

Je le pense. Ça m’est arrivé plusieurs fois de deviner ce qu’allait faire l’attaquant adverse en imaginant ce que j’aurais pu faire à sa place. Je ne suis pas le seul dans ce cas. Laurent Blanc, qui était numéro 10 à ses débuts, est devenu un très bon défenseur central. Moi, j’aimais ressortir balle au pied. Pour mon premier but avec Ajaccio, contre Rennes, j’avais récupéré le ballon à 20 mètres de mon but et traversé tout le terrain pour aller battre le gardien, qui était Marcel Aubour (ancien gardien des Bleus, titulaire à la Coupe du Monde 1966). C’est un but dont on m’a beaucoup reparlé.

Comment s’est faite votre reconversion en défenseur ?

Quand je suis arrivé à Ajaccio, mon entraîneur me faisait jouer ailier gauche ou ailier droit mais jamais comme avant-centre car il y avait déjà deux "vrais" attaquants. Je venais d’arriver et il fallait que je me fasse une petite place. J’ai accepté de faire un essai comme défenseur et mon entraîneur m’a dit à l’issue du premier entraînement que j’allais désormais occuper ce poste. Le premier match a été concluant et j’ai rapidement été titulaire. Je n’ai jamais regretté car deux ans après, je me suis retrouvé en équipe de France. C’est allé très vite pour moi. Si on m’avait dit ça quand j’étais en Guadeloupe, j’aurais cru à une blague (rires). Je n’aurais jamais imaginé faire une telle carrière à ce poste.

À partir de quand vous êtes vous senti à l’aise en sélection ?

C’est venu assez vite. Georges Boulogne, le sélectionneur, m’avait sélectionné pour la première fois lors d’un match contre la Bulgarie (4 décembre 1971) et m’avait aligné arrière gauche, un poste que je n’avais jamais occupé ! A la fin, tous les journalistes et mes coéquipiers m’ont félicité. Mon deuxième match avec les Bleus me reste particulièrement en mémoire, même si on avait perdu 2-0. C’était contre la Roumanie. Et là, il me fait jouer arrière droit ! C’était aussi la première fois. Et je me suis retrouvé face à Anghel Iordănescu, qui avait ridiculisé quelques mois auparavant le Tchécoslovaque Karol Dobiaš, qui était considéré comme le meilleur arrière droit du monde avec le Brésilien Carlos Alberto. Finalement, j’ai été élu homme du match car il n’est passé qu’une seule fois. Je n’ai jamais autant taclé (rires) !

Pouvez-vous nous raconter votre premier but en équipe de France ?

C’était en 1973, à Gelsenkirchen, contre l’Allemagne contre qui nous avons perdu 2-1. J’étais assez loin du but et Jean-Pierre Adams, avec qui je jouais dans l’axe, me dit “frappe, frappe !“. Moi, j’étais parti pour chercher quelqu’un de mieux placé, mais je ne sais pas ce qui m’a pris, je l’ai écouté et c’est rentré ! (rires).

Le deuxième que vous avez marqué en sélection était assez beau aussi...

Oui, c’était en 1977 contre le Brésil, au Maracanã. Quand j’étais gosse, on était fous du Brésil. Nos idoles, c’était Pelé, Garrincha, Didi… Quand on faisait des tournois, nos équipes s’appelaient Santos, Fluminense ou Flamengo. J’ai été bercé par le football brésilien. Donc permettre à l’équipe de France de faire 2-2 dans ce stade mythique, c’était exceptionnel. Le défenseur qui saute avec moi, c’était Luís Pereira. Il jouait à l’Atlético de Madrid à l’époque et c’était un joueur que j’adorais. Le fait de sauter plus haut que lui pour marquer, ça m’a fait doublement plaisir.

Votre troisième but, c’était contre le Luxembourg, en 1978, où là vous avez carrément dribblé tout le monde…

Oui, il ressemblait à celui que j’avais marqué avec Ajaccio contre Rennes. J'ai récupéré le ballon à 20 mètres de mon but et j'ai traversé tout le terrain. Mais à l’époque le Luxembourg était une petite nation…

Quel souvenir gardez-vous de votre première Coupe du Monde, en 1978, où la France a été éliminée au premier tour ?

La dernière Coupe du Monde de la France, ça datait d’Angleterre 1966. On s’était qualifiés en battant la Bulgarie 3-1 au Parc des Princes et pour nous, faire partie du voyage en Argentine était déjà un exploit, après 12 ans d’absence. Je pense que nous aurions pu aller beaucoup plus loin si nous avions réalisé à quel point tout ne faisait que commencer. Mentalement, nous n’étions pas prêts. En plus, en tombant dans le groupe du pays organisateur et de l’Italie, on savait que ça allait être très difficile.

En quoi cette mauvaise performance a-t-elle été positive pour la suite ?

Participer à une Coupe du Monde, c’est le graal. Et cette expérience nous a servi à mieux nous préparer pour la suivante. Quatre ans plus tard, nous avons très mal débuté le tournoi avec une défaite 3-1 contre l’Angleterre. Tout le monde nous voyait sortir une fois de plus au premier tour, mais nous on s’est dit que ce n’était pas envisageable. Après, on a montré un autre visage et nous sommes allés jusqu’en demi-finale.

C’est lors de cette demi-finale contre l’Allemagne que vous avez marqué votre plus beau but en Bleu, celui du 2-1 au début des prolongations ?

Oh non, je préfère celui du Brésil (rires) ! Celui du Maracanã donne un résultat positif, alors que celui contre l’Allemagne aboutit à une défaite. J’ai dit par la suite à Patrick Battiston que j’aurais préféré ne pas marquer et que son occasion à lui, sur laquelle il y a eu le fameux "attentat" de Schumacher, aille au fond. Nous aurions pu jouer une finale de Coupe du Monde.

Cette défaite douloureuse et traumatisante a-t-elle, elle aussi, été utile pour la suite ?

Il ne faut pas oublier que la France a été championne d’Europe pour la première fois deux ans plus tard ! Je n’ai pas fait partie de l’aventure à cause de mes blessures au dos mais j’étais ravi de voir gagner mes anciens coéquipier. Et deux ans après, on finit troisièmes à la Coupe du Monde 1986, avec là encore, une équipe extraordinaire. Bon, ce sont encore encore les Allemands qui nous ont barré la route, mais le quart de finale contre le Brésil reste l’un des plus beaux matches que j’ai vus.

Qu’avez-vous ressenti en voyant l’équipe de France remporter enfin la Coupe du Monde en 1998 ?

Ayant fait partie de cette équipe, c’était un sentiment très profond. Même en 2018, c’était comme si je faisais partie de l'aventure. Avec tous les grands joueurs qui ont porté ce maillot, c’était une juste récompense. C’est une grande fierté de voir le chemin parcouru par la France qui fait désormais partie des grandes nations du foot.

Pour finir, pouvez-vous nous dire quels sont les attaquants qui vous ont le plus fait souffrir dans votre carrière ?

Au niveau international, c’est Gerd Müller. J’ai joué une fois contre lui, on perd 2-1 et c’est lui qui marque deux fois pour l’Allemagne. C’est le garçon qui se faisait oublier d’une façon très intelligente. On disait toujours qu’on ne l’avait pas vu mais c’est toujours lui qui était au tableau d’affichage. Chez les Français, je dirais Bernard Lacombe. Un poison (rires) ! Il n’avait peur de rien. Mais le plus grand attaquant que j’ai vu dans ma carrière en France, c’est Josip Skoblar. J’ai joué contre lui et avec lui à Marseille, et je n’oublierai jamais ce qu’il a réussi en 1971-72 : marquer 44 buts, sans tirer les penalties. C’était phénoménal ! Comme Lacombe, c’est l’attaquant qui te faisait sentir d’entrée que tu n’allais pas passer une bonne soirée (rires).

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