Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™

Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™

11 juin - 11 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2010™

Une nation unifiée grâce au sport

The FIFA Confederations Cup so far
© LOC

En 1994, l'Afrique du Sud sort du carcan imposé par l'apartheid et fait ses premiers pas sur le chemin de la démocratie, sous la direction de l'un des grands héros du combat pour la liberté, Nelson Mandela. Cela ne conduit pas pour autant à l'unification automatique d'une population longtemps divisée par la ségrégation raciale.

Pendant les années d'apartheid, le sport est utilisé comme principal outil de résistance contre la politique ségrégationniste. Ainsi, l'Afrique du Sud est exclue de la scène internationale dans la plupart des disciplines sportives, à commencer par le cricket, le rugby et le football. Ces sanctions ont pour objectif de dénoncer les injustices du système de l'époque et de mettre la pression sur le National Party afin que ce dernier en finisse une bonne fois pour toutes avec l'apartheid.

Premier président d'Afrique du Sud démocratiquement élu, Mandela œuvre d'arrache-pied à l'unification d'une population divisée, condition sine qua non de la renaissance nationale. Pour cela, le prix Nobel de la Paix 1993 ne se contente pas de légiférer. Il utilise également toutes les cordes de l'arc politique et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel sud-africain. "Madiba" compte notamment sur le sport pour favoriser l'unification d'un peuple ghettoïsé. Dès lors, les grandes compétitions sportives internationales vont se succéder dans le pays le plus austral du Continent Mère.

En 1995, l'Afrique du Sud accueille la Coupe du Monde de rugby, qu'elle remporte après avoir triomphé en finale de la Nouvelle-Zélande, à l'Ellis Park de Johannesburg.

Pour un sport multiracial
L'un des principaux dirigeants du cricket sud-africain, Ali Bacher, est bien placé pour parler de l'importance du sport dans l'histoire de son pays. Capitaine de l'Afrique du Sud contre l'Australie en 1970, pour la dernière sortie de l'équipe nationale avant son exclusion du giron mondial, Bacher s'est toujours fait l'avocat d'un sport multiracial. Il revient sur un moment émouvant partagé avec un certain Mandela, sur la question du sport et de l'unité nationale.

Bacher évoque le climat dans le pays dans les mois qui précédèrent la Coupe du Monde de Rugby. À l'époque, de nombreuses voix demandent l'abandon du springbok (variété d'antilope) comme emblème des différentes sélections sportives nationales. L'argument avancé est que ce blason symbolise un sport quasiment réservé aux blancs en Afrique du Sud. Mandela saute sur l'occasion pour envoyer un message fort à la population blanche et aux Afrikaners, qui craignent des représailles après tant d'années d'apartheid.

"Pour donner une idée de la sagesse et de la perspicacité de Mandela, il faut rappeler qu'en 1995, en plein milieu de la Coupe du Monde de Rugby, il s'est prononcé publiquement pour la conservation du springbok, qui rappelait pourtant sans équivoque que seuls les blancs pouvaient porter le maillot de la sélection. Une équipe de télévision est venue me trouver, en tant que représentant de la fédération sud-africaine de cricket, pour connaître mon avis sur la question. J'ai répondu qu'il serait bon d'adopter un nouvel emblème, qui ferait l'unanimité chez les noirs et chez les blancs. Peu de temps après, Mandela m'a invité à déjeuner, après quoi nous avons fait une petite promenade, en compagnie de deux autres membres de la fédération. Il a commencé à nous expliquer qu'il savait très bien que pour les Afrikaners, le rugby et son animal emblématique avaient une importance cruciale. Il m'a alors expliqué qu'il avait porté le maillot de rugby floqué du springbok, pour pénétrer sur le terrain le jour de la finale de la Coupe du Monde de Rugby 1995, afin de remercier les Afrikaners de l'avoir soutenu en tant que premier président noir de l'Afrique du Sud", se souvient Bacher.

Un pari incroyable
Personne n'a oublié, dans le monde de l'ovale tout du moins, les images de Nelson Mandela affublé de la tunique floquée du numéro 6, celui du capitaine des Springboks, François Pienaar. "En Afrique du Sud, la majorité de la population noire s'intéressait au football, tandis que la plupart des blancs se passionnaient pour le rugby. Mandela a réussi le pari incroyable de rallier les amateurs de ballon rond à l'ovale. C'est vraiment lui qui est à l'origine de cette révolution", poursuit Bacher, qui fait aussitôt remarquer que les "rôles" ont été inversés pour la Coupe du Monde de la FIFA 2010.

"Aujourd'hui, on peut voir que les choses ont réellement évolué. Dans les stades, des milliers de blancs portent le maillot des Bafana Bafana et soutiennent à fond l'équipe nationale. Avant, seuls les noirs le faisaient. Maintenant, je vois des familles noires et blanches mélangées, qui discutent du match et se prennent en photo les unes avec les autres. Quand vous venez de l'étranger, ça paraît anodin mais pour un Sud-Africain, c'est le signe d'un changement profond. Cela signifie que l'unification est devenue une réalité", ajoute Bacher.

Autre figure légendaire en Afrique du Sud et témoin privilégié du pouvoir qu'a le sport de faire changer les mentalités, Mark Fish faisait partie des Bafana Bafana vainqueurs de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF organisée par la nation arc-en-ciel, en 1996. La finale avait eu lieu au FNB Stadium, devenu depuis Soccer City. Le trophée avait été remis au capitaine sud-africain par Nelson Mandela en personne, qui arborait cette fois la tunique jaune de la sélection nationale de football.

"Profiter de cet élan"
"En 1996, nous représentions une nation et en 2010, voilà le résultat. Les blancs venaient au FNB Stadium pour soutenir à la fois une équipe de football et une nation. C'était fantastique. Avant cela, ces gens connaissaient par cœur la composition des Springboks, mais ils auraient été bien incapables de citer un seul joueur des Bafana Bafana. Tout cela a changé avec Mandela. C'est le plus beau moment de ma carrière de footballeur. Pas la victoire, mais de voir tous ces gens unis derrière les Bafana Bafana. Je crois que cela nous a beaucoup aidés pour remporter ce tournoi. Tout le pays était derrière nous. C'était absolument phénoménal", se remémore Fish, qui est persuadé que la Coupe du Monde de la FIFA 2010 a eu un effet similaire sur la nation.

"Une nouvelle fois, tout le pays a soutenu les Bafana, les gens ont beaucoup parlé de football. Le défi maintenant pour nous, en tant que nation en général et nation de football en particulier, est de profiter de cet élan pour continuer de progresser. Mais pour cela, il faut que nous continuions de travailler ensemble."

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