Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

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12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Varane : "Mon modèle, c'est Thuram"

French national football team defender Raphael Varane
© AFP

Raphaël Varane est un grand espoir du football français devenu réalité. Qualifié "d'important en équipe de France" par Didier Deschamps alors qu'il ne comptait que deux sélections, le défenseur semble déjà tenir les promesses d'une grande carrière, à seulement 20 ans. 

Et le sélectionneur tricolore n'est pas le seul à le penser. Le RC Lens a lancé sa carrière professionnelle à seulement 17 ans, Zinedine Zidane est allé le chercher un an plus tard pour le ramener au Real Madrid où José Mourinho lui a promis un bel avenir, en tenant parole.

FIFA.com est allé à la rencontre du phénomène pour évoquer les coulisses de son ascension foudroyante, sa réussite au Real Madrid et ses rêves en Bleu.

On parle souvent de précocité vous concernant. Qu'est-ce qui, dans votre parcours personnel, explique cette maturité ?Je pense que c'est lié à ma relation avec mon grand frère. Il a deux ans et demi de plus que moi et j'ai toujours voulu le rattraper, et lui faisait tout que je ne le rattrape pas (rires) ! Je pense que c'est ça qui a fait que j'ai grandi un peu plus vite. Et puis j'ai connu l'internat assez jeune, à l'âge de 13 ans. Peut-être que ça aide à être plus mature. Je suis quelqu'un de posé, qui ne se prend pas la tête et qui ne se met pas de pression inutile. Ce sont des qualités qui aident pour jouer en pro à 17 ans.

Vous avez signé au Real Madrid à 18 ans après seulement une année en pro au RC Lens. Avez-vous hésité à faire le grand saut ? Etiez-vous tenté de continuer à progresser dans un club moins grand ?Oui, bien sur. Mais c'était une décision très réfléchie. La première idée, c'était que ça ne servait à rien et que je n'allais pas jouer. Puis en entendant le projet de l'entraîneur, ça a changé mon opinion. Je ne me suis pas lancé dans ce projet à l'aveuglette. C'est José Mourinho qui m'a convaincu. Il m'a dit que j'allais progresser, que j'allais gouter au très haut niveau et que ça ne pouvait qu'être positif pour moi. 

Vous avez eu votre baccalauréat avant de quitter la France. Vos parents vous ont-ils dit : "passe ton bac d'abord" ?Oui, j'ai passé mon bac le lendemain de ma rencontre avec Mourinho ! C'est ma mère qui a beaucoup insisté sur les études, en effet, et je ne le regrette pas du tout aujourd'hui. Ma dernière année à Lens a été compliquée, entre les études, la lutte pour le maintien et mon futur transfert… C'était un peu tout en même temps, mais j'ai tenu bon jusqu'au bout, et ça je le dois beaucoup à ma mère. 

Comment avez-vous été accueilli par le vestiaire madrilène ?J'ai été bien aidé par mes coéquipiers. Je suis quelqu'un qui aime beaucoup apprendre et échanger les expériences avec les autres joueurs, et ça a été plutôt apprécié dans le vestiaire. Et ma personnalité plutôt discrète, qui ne fait pas trop de bruit m'a également beaucoup aidé. Comme je ne parlais pas espagnol en arrivant, la présence de Français au club m'a également facilité la tâche. Zinedine Zidane m'a notamment conseillé d'aller vers les autres, d'échanger, de parler avec eux. Il m'a dit que c'était à moi de faire la démarche, et il m'a aidé à forcer un peu ma nature plutôt réservée pour bien m'intégrer.

Y a-t-il certains conseils qu'on vous a donnés lors de votre parcours que vous gardez toujours en tête ?Dans l'éducation de mes parents, on a beaucoup insisté sur l'humilité, et c'est quelque chose que je garde en tête. Rien n'est jamais acquis, il ne faut pas se prendre pour un autre et rester soi-même. Je mets un point d'honneur à appliquer ces principes, qui m'ont aussi été rappelés par des joueurs expérimentés. Sinon, celui qui me conseille beaucoup au Real, c'est Pepe. Il m'a appris notamment à ne jamais rien lâcher. C'est un joueur qui est toujours à 100% sur le terrain, et il essaie de m'inculquer cette culture de la gagne.  

*Vous avez été titularisé pour la première fois en championnat le 21 septembre 2011, peu après votre arrivée. Vous attendiez-vous à être lancé si tôt dans le grand bain ? *Je l'espérais, parce qu'il en était question dans le discours que m'avait tenu José Mourinho. Il m'avait dit que j'allais avoir du temps de jeu, que j'allais pouvoir me jauger et mieux me connaître. Je n'avais jamais été confronté à des fortes pressions, que ce soit sur le terrain ou en dehors, et il m'a dit que j'allais avoir rapidement l'opportunité de savoir comment j'allais réagir à tout ça. Mourinho a tenu sa promesse. Pendant les deux ans où j'ai joué pour lui, il a toujours respecté sa parole, et il a aussi toujours su me lancer aux bons moments.

Qu'est ce qui rend Mourinho si "spécial" à vos yeux ? 
Vu mon âge, je n'ai pas connu beaucoup d'entraîneurs, donc c'est difficile d'établir des comparaisons, mais je dirais sa personnalité et son charisme, qui rejaillissent sur toute l'équipe. C'est un gagneur, un compétiteur, et il transmet ça à ses joueurs. On voit que partout où il est passé, il a eu des équipes combatives, avec du caractère. 

Vos prestations exceptionnelles en défense contre le FC Barcelone début 2013 en Coupe du Roi, où vous avez en plus marqué à l'aller et au retour, vous ont valu une pluie d'éloges. Avez-vous senti que cela pouvait vous faire tourner la tête ?C'est vrai que parfois, on s'arrête cinq minutes, et on se dit que c'est un truc de fou et que ça va très vite. Mais justement dans ces moments là qu'il faut savoir faire preuve d'humilité et garder les pieds sur terre. Tout va très vite dans le football, et quand ça va bien, il faut savoir se remettre en question et ne rien lâcher. En plus, c'est une période où nous avons enchaîné les matches importants, notamment la Ligue des champions. Il fallait rester concentré, et c'est ce que j'ai fait. Là encore, ça fait partie de mon éducation, et c'est quelque chose que je cultive désormais par moi même. Et puis je suis le troisième enfant sur quatre, j'ai un grand frère et une grande soeur… Si je me mettais un jour à changer par rapport à la façon dont j'ai été élevé, ils seraient là pour me remettre aussitôt dans le droit chemin.

*Qui est votre modèle en défense ? *Je regarde beaucoup les joueurs à mon poste. Mais s'il faut sortir un nom, je dirais que mon modèle, c'est Lillian Thuram. Pour ce qu'il dégageait sur le terrain et tout ce qu'il a fait dans sa carrière. J'adorais son enthousiasme, son abnégation, son envie, sa combativité. J'aime aussi beaucoup sa personnalité et son charisme. J'ai même lu ses livres, et j'estime que c'est quelqu'un qui peut inspirer les jeunes. J'avais cinq ans quand il a inscrit son doublé en demi-finale contre la Croatie à France 98, mais je m'en souviens, ça m'a marqué. Sortir ces deux buts à ce moment-là, c'est fort. 

Dernièrement, on vous a souvent comparé au Brésilien Thiago Silva. Quel compliment pourrait vous faire plus plaisir ?(Rires) Pour l'instant c'est la référence à mon poste, donc c'est flatteur. Je ne suis pas un fan des comparaisons, mais c'est vrai que j'ai un profil qui s'en rapproche, que ce soit dans la relance ou l'attitude défensive, même si nous n'avons pas tout à fait le même style. Je considère tout de même que j'ai encore des progrès à faire, et que je peux m'améliorer dans beaucoup de domaines. J'entame ma troisième saison à Madrid, avec tout le vécu et l'expérience que ça implique. Je connais les exigences du haut niveau, je sais qu'il faut une concentration sans faille, être fort dans les duels et précis la relance. J'essaie de m'appuyer sur mes qualités et de gommer petit à petit mes défauts. 

Vous avez souvent le geste juste quand vous montez en attaque. Est-ce naturel ?C'est quelque chose d'inné et d'instinctif. Je ne réfléchis pas, je le fais comme je le sens et après seulement je réalise ce qu'il s'est passé. Mais je pense que je peux encore marquer beaucoup plus de buts. La saison dernière, j'en ai mis deux, mais c'est quelque chose qu'il faut que je travaille.

Que s'est-il passé dans votre tête quand vous avez réalisé que votre blessure (11 mai 2013) au ménisque allait vous écarter des terrains quelques mois. Avez-vous pensé au Brésil ?Au départ, tout de suite après la blessure, je refusais de croire que c'était quelque chose d'important. Ensuite, à l'hôpital, quand le diagnostic est tombé, c'était un gros coup dur. C'était ma première blessure grave. Ce n'est que plus tard que j'ai pensé à la Coupe du Monde, en me disant qu'il fallait que je revienne bien, et vite ! (rires). Zizou a été important dans cette période. Il a vu pendant le stage de pré-saison que je m'impatientais un peu, et il a su me calmer et m'apaiser, comme il sait bien le faire. En même temps, c'est normal. Si on n'a pas cette envie, c'est qu'on n'a rien à faire sur un terrain de football !

Pendant votre blessure, vous avez vu vos copains de la génération 93 gagner la Coupe du Monde U-20 de la FIFA en Turquie. Qu'avez-vous ressenti ?J'aurais bien aimé être avec eux. Je les ai regardés, et j'étais fier et content pour eux. J'étais très heureux de voir les joueurs de ma génération représenter ainsi notre pays. Ça crée un élan et une envie de remporter des titres. Je pense que cette victoire a fait du bien à l'image de l'équipe de France en général. 

Estimez-vous votre génération a retenu les leçons des déboires de la génération 87, celle des Samir Nasri, Jérémy Ménez ou Karim Benzema ?Oui, c'est quelque chose que nous avons en tête et dont nous sommes conscients. Après, je pense qu'en tant que footballeurs ou que personnes, nous sommes deux générations très différentes qui n'ont pas les mêmes qualités, ni les mêmes défauts. Il faut s'appuyer sur leur expérience et leur vécu, et prendre tout ça en compte pour ne pas reproduire les erreurs qu'ils ont pu commettre. 

Que vous inspire le fait que la prochaine Coupe du Monde de la FIFA se dispute au Brésil ?C'est un grand pays du football. Le fait que ça ait lieu là bas, ça transcende… C'est une nation qui a une immense histoire avec cette compétition, et c'est un pays qui respire le foot et la joie de jouer. Et puis toutes les grandes nations devraient être au rendez-vous, il va y avoir du spectacle ! Ça promet une belle Coupe du Monde. J'ai déjà envie d'y être et de me mesurer aux plus grandes équipes. 

Pensez-vous que la France, si elle se qualifie, aura les moyens de rivaliser avec les grandes nations européennes et sud-américaines ?Ce sera difficile, mais en peu de temps, je pense qu'on peut créer une cohésion de groupe et réaliser quelque chose ensemble. C'est ce vers quoi il faut tendre et il faut tout faire pour atteindre cet objectif. Construire une grande équipe sur le long terme, avec des titulaires indiscutables, des tauliers expérimentés qui vont tenir la baraque, ça prend du temps. Mais la cohésion d'un groupe, ça peut aller vite selon moi. 

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